Les maisons de naissance de Jacmel

A Jacmel de nos jours, un nombre important de femmes vont accoucher dans des maisons de naissance. Celles-ci fonctionnent sans la permission du Ministère de la santé publique et de la population. Ce sont des établissements privés, sans personnel médical ni équipement, où des femmes acceptent de payer cher pour accoucher. En cas de complication, elles expédient leurs patients à l’hôpital St Michel ou dans d’autres centres hospitaliers de la ville et de la capitale.

 

Témoignages…

 

Jocelyne, 32 ans, habite à Siloé, banlieue de Jacmel située, à 5 minutes en voiture de l`hôpital St Michel. Enceinte de 9 mois, Jocelyne  exige que son mari fasse venir un véhicule  pour la récupérer à son travail et l’amener Chez Farah, une des deux maisons  de naissance de Jacmel. Elle se situe  à Lauture, sur la route de Meyer  à 15 minutes, en voiture, de St Michel.

« Ce n’est pas la première fois que la famille  d’une femme enceinte m’appelle pour me demander de passer la chercher de la  conduire à cette adresse », confie le chauffeur qui a emmené Jocelyne chez Farah. Ce dernier nous a révélé qu’il y en a d’autres dans le sud-est,  à Jacmel, particulièrement.

« A St Hélène par exemple, il y a une maison de santé … », a-t-il précisé.

L’accouchement de Jocelyne a été un succès. Son fils se porte très bien maintenant, selon un ami de la famille. Mais toutes les femmes enceintes ayant  fait le même chemin que Jocelyne n’ont pas eu la chance de celle-ci, selon un des meilleurs gynécologues de Jacmel.

Plusieurs femmes  présentant de graves complications ont été emmenées d’urgence  à l’hôpital St Michel par des membres du personnel de ces maisons de naissance, a confié ce gynécologue ayant requis l’anonymat.

« Leur personnel n’a même pas la compétence d’une sage-femme » a commente le gynécologue.

Un centre hospitalier de Jacmel a reçu un jour une femme avec son col de l’utérus hors de son vagin. Cette femme a accouché dans une maison de naissance du sud-Est (pas chez Farah) et le personnel n’a pas su comment gérer la sortie du col de l’utérus.

« Cette femme nous a été amené en urgence... »,  a révélé un autre gynécologue œuvrant dans un centre hospitalier communautaire à Martissant .

 

Les Maisons de Naissance

 

Ce sont de mini maternités privées, sous équipées avec un personnel non qualifié.  Chez Farah a été fondée par une américaine. Un accouchement coute plus cher dans une maison  de naissance qu’à l’hôpital St Michel.

« Ordinairement, le personnel de ces lieux ont une formation reçue sur le tas. Par exemple je connais une femme qui, au lendemain du séisme de 2010, traduisait pour des missionnaires étrangers. Aujourd’hui, elle me dit qu’elle travaille dans une maison de naissance à Jacmel, comme infirmière. Elle m’a demandé de la former en accouchement. Ce que j’ai refusé. Cette dame m’a aussi  informé qu’elle a eu sa première formation d’une indonésienne, une sage-femme peut être », a expliqué le gynécologue cité plus haut.

Ce dernier s’interroge sur  la raison qui pousse une femme enceinte lucide à choisir une maison de naissance sous équipé avec un personnel non qualifié pour accoucher en guise de St Michel, qui, lui, est équipé avec un personnel formé par l’état pendant des années en médecine.

 

« Pour moi c’est l’accueil. On me dit que dans ces maisons de naissance le personnel chouchoute les patients. Contrairement à St Michel, où le personnel a une très mauvaise réputation dans l’accueil  et la prise en charge des patients… »  a souligné ce gynécologue.

Jocelyne nous confirme l’impression du gynécologue. Elle nous confie que dans la maison où elle a accouché, elle se sentait en famille avec  le personnel. Elle a eu l’impression que les gens souffraient avec elle.

« …Yo te edem pote tranche a….Lors de mes deux premiers mois de grossesses, j’ai été à St Michel pour me faire suivre par un médecin, mais l’infirmière m’a si mal reçu que j’ai dû partir sans voir le médecin... », a expliqué Jocelyne.

Jocelyne nous affirme qu’elle  reconnait le professionnalisme du personnel des centres hospitaliers publics, mais celui-ci lui donne l’impression qu’elle le dérange.

« Le personnel de St Michel est plus professionnel certes, mais pendant ma grossesse,  il m’a  inspiré  la peur parce que j’ai cru que si j’allais accoucher à St Michel, il me traiterait avec négligence et ma vie serait plus en danger’’, nous a déclaré Jocelyne.

 

Quelques propositions….

Pour les deux  gynécologues interrogés un peu plus haut,  les médias et l’état haïtien ont intérêt à davantage  sensibiliser les gens à se rendre a St Michel ou dans un autre centre hospitalier compétent pour se faire suivre par un médecin dès leur premier mois de grossesse. Pour lui une femme enceinte qui  pendant ses neuf mois de grossesse s’est fait suivre par un médecin qualifié développe avec ce dernier une relation de confiance, qui l’empêcherait de se rendre dans une maison de naissance pour accoucher. Il  souhaite aussi que le personnel des centres hospitaliers publics soigne davantage son approche, son  accueil pour soigner  l’image de ces centres et encourager les femmes enceintes à s’y rendre.

‘’Tout le monde y gagnerait’’ a conclu ce gynécologue.



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