50e anniversaire – Congo Brazzaville:Les pères de l'indépendance sortent de l'oubli

(Syfia Congo Brazzaville) Le 15 août prochain, le Congo Brazzaville fêtera le cinquantenaire de son indépendance. L\'occasion pour les jeunes de mieux connaître certaines figures historiques de leur pays, dont leurs manuels scolaires parlent peu. Auto
Nouveaux monuments, spectacle, défilé… Le 15 août prochain, le Congo Brazzaville fêtera en grande pompe le cinquantenaire de son indépendance. Une occasion pour les jeunes de mieux connaître les grandes figures de leur passé. \"À l’école, on ne nous parle pas de Matsoua, Tchicaya ou Opangault (pères de l\'indépendance, Ndlr), mais plutôt d\'Hitler, de Mussolini ou de Lénine. On nous cite à peine le nom de Fulbert Youlou et d\'autres présidents…\", se plaint Auriol, 16 ans, élève de seconde. Un autre ajoute : \"Mon grand-père nous parlait des \'corbeaux\' (fidèles de Matsoua, Ndlr) qu\'on déportait à l’intérieur du Congo et à l\'étranger pour éviter qu\'ils se rebellent contre l\'administration coloniale. Mais, je n\'en sais guère plus…\" Chef du département d\'Histoire à l\'Université Marien Ngouabi, Goma Thethet, confirme : \"On parle brièvement des leaders congolais et des mouvements nationalistes de 1920 à 1960 dans les cours sur la décolonisation.\" Il a contribué avec d\'autres historiens à la rédaction du livre L\'Histoire générale du Congo, publié à la veille du cinquantenaire et il invite ses confrères à écrire l’histoire du pays, afin que celle-ci soit mieux enseignée dans les écoles. \"Il y a quelques bribes, note Zéphirin Sah, historien. Le problème se pose au niveau de la conception des programmes des manuels scolaires\". Pendant longtemps, en effet, les dirigeants ont dicté ce qu\'il fallait enseigner aux élèves. Avant 1990 et l\'ouverture démocratique, on parlait ainsi presque uniquement des dirigeants en place. À cette époque, celui qui se risquait à évoquer d\'autres personnalités était taxé d\'opposant. Des ONG dans les écoles Aujourd\'hui, les historiens parlent plus librement, en s\'appuyant sur les récits des anciens. Par ailleurs, une documentation officielle plus objective a été rendue par la France au Congo le 13 juillet dernier : 48 documents audiovisuels, soit plus de 12 heures d\'archives coloniales que le gouvernement prévoit d\'utiliser lors de la célébration du cinquantenaire, à travers des émissions et des tables rondes. De leur côté, des associations multiplient exposés et rencontres dans les établissements scolaires. \"Nous avons parlé aux élèves des personnalités qui ont milité pour l\'accession du Congo à l\'indépendance. Ces jeunes doivent connaître l\'histoire du pays\", insiste Lauréate Mbéri-Bigny, petite-fille de Jean Félix Tchicaya et présidente de l\'Association pour la mémoire de J. F. Tchicaya. Yann, élève de 5e, apprécie d\'en savoir plus sur cet homme : \"Désormais, quand je suis devant l\'hôpital de Loandjili, à Pointe-Noire (face à son monument, Ndlr), je sais que c\'est le premier député congolais.\" Au siège de l\'Association Marien Ngouabi, une bibliothèque et une salle retracent la vie de celui qui fut le troisième président du pays. Dans son ancienne demeure, a été créé le Musée de l\'histoire événementielle du Congo de la colonisation à nos jours. \"Nous organisons des visites depuis 2006, explique François Okobo, coordonnateur chargé de l\'Éducation et de la culture de cette association. En avril dernier, nous avons même fait visiter le musée à des élèves d\'un lycée français de Lille (lieu de création de l\'association, Ndlr).\" Selon Fidèle Libondzi, chef de service exposition et guidage dudit musée, \"les associations amènent à chaque fois entre 50 et 80 élèves\". Pour plusieurs ONG, la célébration de l\'indépendance est un rendez-vous de la mémoire à ne pas manquer. \"Tout le mois d\'août, nous organisons un \'village du cinquantenaire\', précise ainsi Lauréate Mbéri-Bigny. Les communautés qui fêtent en même temps que le Congo leur indépendance sont invitées. La France également. Nous n\'allons pas la considérer comme une donneuse de leçon ou une mauvaise graine. Il s\'agit plutôt de voir ensemble ce qui a été bien ou mal fait, puis de panser nos plaies.\" Le soutien des anciens À l\'occasion du cinquantenaire, le gouvernement a fait ériger des monuments à la mémoire des pères du Congo moderne : en l\'honneur de Matsoua à Kinkala, de Tchicaya à Pointe-Noire et de Youlou et Opangault à Brazzaville. Célestin Akoulakoua Ngoula, directeur de cabinet du ministre chargé de la Culture, évoque par ailleurs \"un projet de fabrication de bustes à l\'effigie de toutes les personnalités qui ont marqué l\'histoire du pays dans la politique, la musique, le sport, la littérature… pour que les jeunes générations les connaissent mieux.\" Pour faire revivre ces grandes figures, le concours des anciens sera sans doute précieux. Albert Mata, 87 ans, est prêt à apporter sa pierre à l\'édifice : \"Je n\'ai pas encore pensé à écrire, ni à demander à une tierce personne de le faire, mais, si les jeunes viennent nous voir, nous leur transmettrons nos connaissances sans hésiter.\" Pour Félicie, étudiante, cet héritage a une grande valeur : \"Chez nous, papa nous parlait d\'événements politiques anciens. C\'est grâce à lui que j\'ai découvert l\'histoire de différentes personnalités.\"


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