Savoir Ophin, un fabricant de liqueur passionné

Il était environ midi quand un homme au visage dégoulinant de sueur pénétrait la salle de lecture du centre de lecture et d’animations culturelles de Saint-Marc. C’était le 22 avril 2016 à l’occasion du festival Vive Haïti Livres. Sous le regard singulier de dizaines de lecteurs et lectrices, cet homme a pu se frayer une brèche pour présenter ses produits.

Son nom est Savoir Ophin. Tout le monde semble le connaitre dans cette ville. Ma curiosité est  à son pic. Je m’apprête à lui parler. Lui aussi, il semble avoir envie de parler à tout le monde. Il sait qu’un journaliste est ici. Et n’a pas attendu qu’on me le présente.  C’est un homme calme, sans artifice qui vient vers moi pour me faire découvrir  le contenu de son sac.

 

A l’intérieur de son bag sont rangés des bouteilles de différentes couleurs et des petits gobelets transparents en plastique. C’est déjà un ensemble qui fait saliver et qui augure de belles surprises gustatives. Et comme tout bon promoteur, il donne à déguster à tout un chacun. « C’est un sirop de fresco, un apéritif préparé avec de la citronnelle », lâche-t-il à une lectrice qui descend rasade après rasade sa part de liqueur avec un sourire bien mesuré. Le mien est  à base de mélisse agrémenté d’anis étoilé.  D’autres sont préparés avec la feuille de menthe, de corossol, d’ananas, d’anis vert et d’autres plantes médicinale.

 

« Tout le monde connait à ce monsieur cette vertu de toujours offrir quelque chose de succulent », les propos de Rebecca Séjour, directrice de l’institution touchent. Invitent à hocher la tête ou tout simplement à acquiescer par un sourire long.

 

Savoir Ophin est avant tout fabricant de liqueur et d’apéritif. C’est ce à quoi il résume sa vie commerciale. Art culinaire, journalisme, Gestion hôtelière et Sciences juridiques constituent un lot de compétences dont il ne parle que peu. Son métier, et il s’en targue jalousement reste et demeure celui de vendeur et de fabricant de spiritueux. Il y tient comme à la prunelle de ses yeux.  Sa journée de besogne commence très tôt avec l’aube et se termine avec le crépuscule.

 

Il est de ceux qui ne lésinent pas sur leur passion. Il doit non seulement préparer ses produits, mais, c’est à lui d’en assurer la promotion. Son atelier situé à quelques encablures  du centre-ville dans le quartier de Venotte sur la route de Pivert ne chôme pas. C’est là qu’il prépare, dans une atmosphère amalgamée d’aromes de toutes sortes les spiritueux aux milles saveurs qui commencent à trouver leur place parmi les recettes qui font les délices  des Saints-Marcois.

 

« Je n’ai pas d’autres métiers pour le moment. Je n’exerce que celui-là. J’ai des compétences qui m’ont toujours servi et qui me serviront encore. Pour l’instant j’expérimente la production des  sirops de fresco qui sont de bons apéritifs et qui n’ont aucun effet néfaste sur le système digestif». C’est avec délectation qu’il s’adonne à ce métier. « J’ai voulu apporter un peu de diversité dans les boissons qu’on offre à des invités. En Haïti, les gens ne servent pratiquement que de la bière, du rhum et du whisky », avoue-t-il, le timbre bien rassurant.  Cependant, il doit faire face aux difficultés d’investir le marché.  Il le sait. Et avoue avoir déjà mis son gan de boxer pour se faire un nom dans ce domaine.

 

A 34 ans, Savoir est marié et père d’une fillette et croit qu’il doit encore travailler à faire connaitre ses produits qui lui permettent en dépit de la cherté de la vie de subvenir aux besoins de sa famille. Entretemps, il poursuit ses études à la faculté de droit et de notariat de Saint-Marc, fréquente les activités culturelles  qui représentent pour lui un moyen de motiver les jeunes Saint-Marcois à l’importance des livres et des arts dans l’épanouissement de l’être humain.



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