L’écrivaine canadienne Dominick Parenteau-Lebœuf rencontre la rédaction de Bonzouti.com

Du 09 au 15 Avril dernier, l’atelier Toto B a organisé de concert avec le Centre Culturel Charles Moravia un atelier en écriture dramatique pour cinq jeunes filles de Jacmel. L’écrivaine canadienne Dominick Parenteau-Lebœuf a animé avec son cœu
1-Mme Parenteau-Lebœuf, comment a été l’atelier avec les jeunes de Jacmel ? L’atelier a été formidable en tous points, et je pèse mes mots ! Dès mes premiers instants avec Gardenia, Nahomie, Maherline et Winlise, j’ai été soufflée par leur désir de s’exprimer. Elles étaient toutes à fleur de peau, et c’est sans doute un peu pour cela que j’ai commencé à les appeler « mes fleurs écrivantes » sur Facebook, au cours de la semaine. Quand on donne des ateliers, on a beau être bien préparé et notre matériel a beau être rodé, tout tient dans l’intérêt qu’on saura susciter chez les participants. Je ne savais pas à quoi m’attendre en arrivant à Jacmel. En fait, j’anticipais que certaines différences culturelles allaient créer des barrières entre nous, et je me demandais comment j’arriverais à franchir ces barrières. Vaines anticipations ! Les jeunes femmes qui se sont assises devant moi le 10 avril n’étaient rien de moins que bouleversantes dans leur grande humanité et leur soif de se raconter. Il n’y avait pas de différences culturelles entre nous, car nous étions du même pays : l’écriture. En fait, s’il y a un aspect culturel qui a joué un rôle prépondérant dans la bonne marche de mon atelier, c’est l’ouverture à l’art si présente dans la culture haïtienne, et particulièrement à Jacmel. Je crois que la façon dont j’aborde mon travail de formatrice correspond bien à l’esprit jacmélien et à l’âme de ces jeunes écrivaines d’ici. 2— Quels sont vos meilleurs souvenirs ? De voir s’épanouir ces quatre jeunes femmes sous mes yeux. Littéralement. En l’espace de cinq jours, elles se sont transformées, ont fleuri, ont appris, et tous les jours je constatais ces transformations sur leurs visages et dans leurs écrits. Nous avons vécu des moments de grâce ensemble. 3— Quels sont les points forts de ces jeunes ? Elles n’ont pas peur de se livrer, de plonger dans leurs matériaux intimes. La pudeur ne les étouffe pas. Elles ne craignent pas de s’exposer, elles foncent, elles utilisent qui elles sont profondément pour écrire, et ça leur est naturel ! Dans d’autres cultures, faire tomber les barrières peut prendre beaucoup de temps. Avec elles, on est tout de suite au cœur des choses. C’est fascinant ! Je n’avais jamais vu ça auparavant. 4— Quelles sont leurs faiblesses ? Je ne leur ai pas trouvé de faiblesses hormis le manque d’expérience. Elles se développent plutôt seules, et la formation et la stimulation extérieure qui poussent à sans cesse s’améliorer, à repousser ses limites et à se remettre en question leur manquent. Le désir n’est pas tout. Il faut être « vu » quand on fait de l’art. Il faut être reconnu et bien dirigé pour grandir, et c’est cela qui leur fait défaut : le manque de ressources et d’attention à leur égard. Dans le cadre féminin des Hélène, cet atelier a été une façon de pallier la situation. Mais il leur faut davantage. 5— Comment trouvez-vous Jacmel ? Jacmel est une ville vibrante et poétique, et je m’y suis sentie comme chez moi. Peut-être même mieux à certains égards. À Montréal d’où je viens, malgré la grande créativité qui existe, les gens n’ont pas cette hypersensibilité aux arts et à la culture que possèdent les Jacméliens. Pour une artiste, c’est le paradis ! C’était la première fois que je venais à Jacmel et ce n’est certainement pas la dernière : je suis tombée sous le charme de ses puissantes racines culturelles.


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