Entre le plagiat et l’intertextualité la folie critique

Le billet de Dominique Batraville, adressé à Wébert Charles et publié le 20 janvier 2015, arrive à point nommé. Devrait-on dire qu’il était attendu incessamment suite à la question polémique soulevée par Wébert Charles : « Dominique Batra
Au simple énoncé de cette question, qui ne perçoit immédiatement le couperet visant la tête de Batraville, l’auteur accusé pour son recueil de poèmes titré La mer et autres solitudes ? Parce que Charles recourt à une formulation destructrice, blessante jusque dans les tripes, pour condamner vulgairement l’inspiration de l’auteur. Intervenir dans le débat équivaudrait, pour certains, à condamner Charles pour son dilettantisme ou à défendre Batraville pour son innocence. Mais ce serait caricatural parce qu’on ne s’improvise pas monstre sacré de la critique littéraire, et on n’est jamais bon juge de son propre œuvre ou de ses propres travaux. Cela dit, les commentaires du premier reflètent sa compréhension de l’œuvre du second. Si le livre est fait pour être lu, personne ne saurait en vouloir à personne. Mais comme tout texte mal lu est abîmé, l’interrogation centrale de Charles pose problème parce que, sans raison apparente, elle met Batraville dans une mauvaise posture par rapport à Emmelie Prophète, l’auteure du roman intitulé Testament des solitudes. Charles dit non au plagiat avec une facilité déconcertante qui l’autorise à enjamber l’intertextualité pour s’attarder sur des reproches fondés non pas sur l’emprunt, mais sur la modification des titres par Batraville. Au-delà des rapports de genre qui lui échappent et d’autres arguments qui lui font défaut, sa polémique sur le plagiat tient encore debout et la valeur de ses reproches est insignifiante, malgré sa bonne volonté. Batraville et Prophète sont deux écrivains bien connus de la bulle littéraire haïtienne. Face à la question en débat, il faudrait être fou pour les opposer, car ils ne partagent pas un même titre pour deux livres du même genre. Le simple fait d’y avoir pensé en évoquant le plagiat indique, chez Charles, une volonté claire de gloser; le risque de se croire, par confusion du titre, en présence de la même œuvre, étant nul. Dans sa réplique à Charles, Batraville affiche pourtant une humeur particulièrement conciliante. Lui est-il honorable qu’un amateur remette en cause son œuvre au lieu de se l’approprier ? Probablement non. Mais cette question n’est pas plus fondamentale que de savoir comment relever les « lecteurs moyens » tourmentés par les insinuations. Même quand les titres des deux ouvrages étaient similaires, il serait osé de parler de plagiat sans référence à leurs contenus. En outre, la similitude des titres est difficilement incriminable au regard du droit. Au sens de l’article L. 112-4 du Code de la propriété intellectuelle : « Le titre d'une œuvre de l'esprit, dès lors qu'il présente un caractère original, est protégé comme l'œuvre elle-même. » Pour l’essentiel de sa glose, Charles est déconnecté par la délicatesse attachée à cette notion d'originalité. Son inventaire des titres « modifiés », loin de constituer un socle pour le blâme, ne fait que traduire son ignorance des questions relatives aux droits d’auteur. Un titre qui découle de la combinaison des mots du langage courant ne présente aucun caractère original, d’autant qu’il est licite de s’en inspirer tout comme d’une œuvre tout entière. Lorsque la critique littéraire s’emploie à saborder, c’est la littérature qui ressent les contrecoups dans son évolution. S’il ne fait aucun doute que le titre sert à identifier un livre, il n’en demeure pas moins que sa protection repose sur son originalité que seul le juge peut apprécier ou, à défaut, sur un dépôt pour faire jouer l’antériorité de création.


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