L’AIHC parie sur la modernité pour l’éducation de la jeunesse haïtienne

Le lancement du projet « Repenser Haïti avec la jeunesse haïtienne » de l’Association des Ingénieurs et Scientifiques Haïtiano-canadiens (AIHC) a remporté un succès colossal le 15 mars dernier. La première visioconférence qui a connecté simul
La Faculté des Sciences de l’Université d’État d’Haïti était l’hôte de cette première visioconférence qui a été diffusée en direct de l’École Polytechnique de l’Université de Montréal vers Port-au-Prince et relayée dans les villes de Jacmel et de Hinche. La Télévision Nationale d’Haïti (TNH) a retransmis la visioconférence à travers le territoire national. Un moment historique Le 15 mars écoulé, les salles de la Faculté des Sciences à Port-au-Prince, de l’Alliance française à Jacmel, de l’École Polytechnique de l’Université de Montréal et du Mouvement des Paysans de Papaye dans le Plateau Central à Hinche étaient combles pour le lancement du projet « Repenser Haïti avec la jeunesse haïtienne ». À l’appel de la coordonnatrice générale du projet, Nancy Roc, les quatre villes interconnectées se sont saluées mutuellement par des applaudissements en ouverture de la visioconférence et un frisson de joie a fait trembler les participants à cet événement historique. C’était la première fois dans l’histoire d’Haïti qu’une plateforme technologique mettait en liaison les Haïtiens de l’extérieur avec ceux de l’intérieur d’une part, et les jeunes de la capitale avec ceux des villes et de leurs environs d’autre part. Ce projet voulait, à cet effet, signifier que le rapprochement de tous les Haïtiens, où qu’ils soient, est possible, et aussi montrer que dans une telle démarche, les technologies peuvent jouer un grand rôle. Lors de ses propos de bienvenue, le président de l’AIHC, M. Yves Marthone, tout sourire, a salué tous les jeunes d’Haïti et de sa diaspora. Il a d’autre part appelé les décideurs des secteurs publics et privés à appuyer l’AIHC dans ses démarches pour connecter ces jeunes avec le pays. « Ils pourront à moyen terme tirer des avantages de la synergie qui sera établie entre les jeunes du pays et ceux de la diaspora. Je le dis souvent, nos enfants en diaspora ne portent pas en eux l’inconditionnel attachement de leurs parents à la terre natale et ils n’ont pas non plus l’obligation de maintenir le rythme de leurs transferts d’argent. Ceci dit, ils pourront apporter leur contribution d’une autre nature, comme par exemple pour le transfert ou partage de compétences ou mieux encore pour redynamiser le secteur touristique sur lequel on fonde tant d’espoir », a déclaré Yves Marthone. À Port-au-Prince, le Ministre de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle, M. Gabriel Bien-Aimé, a souligné le caractère unique de cet événement : « Dans la vie des individus, comme dans la vie des peuples il est des moments fondamentaux qui définissent à jamais un avant et un après ; il est des projets qui participent d’emblée à la définition d’une nouvelle manière de faire ; il est des initiatives qui sont destinées à se donner en modèle ; il est des lieux symboles de continuité ; il est des espaces médiatiques associés spontanément au changement. Il est cependant exceptionnel qu’un même lieu, qu’un même moment et qu’une même action rassemblent tous ces traits à la fois. L’événement auquel nous sommes conviés ce matin aussi bien ici en Haïti, sous notre chaud soleil, que là-bas à Montréal où c’est encore l’hiver, revêt l’ensemble des caractéristiques évoquées. » Le ministre a poursuivi en déclarant que « la diaspora Haïtienne c’est plus, beaucoup plus que les centaines de millions de dollars annuels de transferts envoyés en Haïti. C’est surtout un réservoir de savoirs et de savoir-faire qui n’attend que le bon déclencheur, le bon moment et le bon lieu pour se manifester et faire pour le pays natal ce qui a été fait un demi siècle avant aussi bien pour le Québec que pour les États nouvellement indépendants d’Afrique francophone : mettre l’éducation au service de la construction nationale et du développement économique. » Monsieur Gabriel Bien-Aimé a suggéré que le comité national étudie avec son ministère les modalités de prolongement des visioconférences de l’AIHC par l’élaboration d’aides didactiques dérivées des échanges qui auront lieu au cours de ces visioconférences. Pour lui, on peut parfaitement envisager que ces éléments puissent être intégrés dans les curricula en cours d’expérimentation dans le secondaire ou être utilisés pour la construction de la filière technologique en cours de définition. « L’initiative d’aujourd’hui nous ouvre des horizons dont le ciel est la seule limite. Que la réduction de la fracture numérique soit la voie royale par laquelle nous réussirons notre pari de fourniture d’une éducation de qualité à tous les enfants de ce pays », a-t-il conclu. La première visioconférence du projet « Repenser Haïti avec la jeunesse haïtienne », a mis en dialogue de nombreux intervenants entre Montréal et Haïti parmi lesquels l’écrivain et cinéaste de renom, Dany Laferrière et Michèle Pierre Louis, Directrice Exécutive de la Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL) autour du thème « Avenir, rôle et participation de la jeunesse haïtienne face aux défis du XXIème siècle », Hans Tippenhauer, Président Directeur Général de la Fondation Espoir/ Jeune Ayti, Nadège Robertson-Tippenhauer, Directrice du Centre des Arts et du Bien être, Irie Lotus de la Fondation Espoir avec Régine Alexandre, Vice présidente de la Jeune Chambre de Commerce Haïtienne à Montréal (JCCH) et Sébastien Bois, secrétaire de la JCCH, autour du thème « Quels échanges possibles entre les jeunes haïtiens du pays et de la diaspora ? » et, enfin, Abner Septembre, Directeur Exécutif de l’Association des Paysans de Vallue, Danièle Magloire, Coordonnatrice de Droits et Démocratie en Haïti, Harry Delva de la Maison d’Haïti à Montréal autour du thème « Problématique de la jeunesse en milieux urbains et ruraux ». La visioconférence a été clôturée par un dialogue, en direct, entre les jeunes haïtiens du pays avec le champion du monde des poids super-moyens de la WBA, Joachin Alcine à Montréal, un message vidéo de la vedette internationale Wyclef Jean envoyé spécialement de New York pour cet événement et une intervention magistrale, fortement applaudie, du romancier, artiste-peintre, dramaturge, musicien et comédien, Franckétienne à la Faculté des Sciences de Port-au-Prince. Les leçons tirées de cette grande première Si dans l’ensemble, cette visioconférence a été une grande réussite technologique, quelques problèmes techniques ont été enregistrés du côté d’Haïti. Ainsi, l’équipe de la Télévision Nationale d’Haïti (TNH) était en retard et a forcé quatre villes à attendre plus de 35 minutes ! D’autre part, la connexion audio prévue avec Hinche n’a pas fonctionné, excluant l’intervention directe de 600 jeunes rassemblés au centre du Mouvement des Paysans de Papaye dans le Plateau Central. Les organisateurs du projet « Repenser Haïti avec la jeunesse haïtienne » souhaitent donc que la TNH puisse faire les ajustements nécessaires pour la seconde visioconférence prévue le 19 avril prochain. De son côté, la Faculté des Sciences n’avait pas prévu de micro sans fil pour que les jeunes puissent intervenir plus facilement. Toutefois, à Jacmel, l’organisation s’est parfaitement déroulée à l’Alliance française sous la houlette du Dr. Michel Lominy, président du Comité Local d’Organisation (CLO), du responsable de l’Alliance française de Jacmel, M. Jean-Joseph Thomas et de M. Schiller Jean-Baptiste du Comité National de Pilotage du projet « Repenser Haïti avec la jeunesse haïtienne ». Les jeunes jacméliens ont donc été les plus nombreux à intervenir en direct. Suite à cette expérience, les organisateurs du projet ont déjà tiré des leçons de cette première visioconférence. Pour la prochaine, prévue le 19 avril, les intervenants seront moins nombreux pour laisser davantage de place aux échanges et débat entre les jeunes du pays et de la diaspora. D’autre part, des animateurs collecteront les questions des jeunes afin de faire une présélection de ces dernières par rapport à leur pertinence. Un comité de jeunes sera formé pour soutenir les efforts de l’AIHC et réunir différents groupes de jeunes à Montréal qui interviendront lors des prochaines visioconférences. De son côté, l’Association Jeune Ayiti de la Fondation Espoir a offert à l’AIHC de lui venir gracieusement en aide pour l’organisation et l’animation des groupes de jeunes à travers le pays pour la suite des visioconférences. L’AIHC devra aussi gérer les nombreuses demandes de participation venant des quatre coins de la diaspora haïtienne aux États-Unis et en France. Toutefois, pour assurer la continuité de ces visioconférences, un financement adéquat devra être octroyé aux organisateurs ; or, à part de rares exceptions, ni le secteur privé haïtien ni la communauté internationale n’a répondu aux demandes de subvention de l’AIHC. Cela a amené les organisateurs à réduire, dans un premier temps, le nombre de villes participantes et risque de compromettre l’extension des visioconférences dans les provinces. On notera avec étonnement et consternation que le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique n’a non seulement pas participé à ce projet mais n’a jamais daigné répondre aux nombreux courriels qui lui ont été envoyés par l’AIHC. Idem du côté du Ministère des Travaux Publics et des Communications (TPTC) à qui l’AIHC avait offert le haut patronage de ce projet, même si la participation du CONATEL- coiffé par les TPTC- a été fort appréciée. Signalons enfin que la prochaine visioconférence aura pour thème principal l’éducation et sera diffusée de Montréal à Port-au-Prince et relayée en direct vers Jacmel et la ville des Cayes grâce au précieux concours technique d’Access Haïti. Pour le Professeur Samuel Pierre, fondateur de l’AIHC et Titulaire de Chaire de l’École Polytechnique de l’Université de Montréal, « cette série de visioconférences est devenue un événement national rassembleur autour de cette nouvelle Haïti qui se conçoit comme un lieu reconstitué où le dialogue est techniquement possible entre Haïtiens de l’intérieur et de l’extérieur ». Il a formulé le souhait que cette technologie contribue à moderniser le pays réel en rendant possible un dialogue social et un nouveau système d’éducation annonciateurs de progrès et de mieux-être pour tous.


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