Du droit constitutionnel des citoyens de dire librement quels dirigeants, quels représentants ils veulent.

Le vendredi 21 décembre 2012 sous l’égide de la direction départementale des sports, de la jeunesse et de l’action civique du Sud-est, en hommage aux anciennes gloires qui ont marqué de leurs empreintes, les annales du football Jacmélien une cér
J’ai eu un temps très court d’intervention en guise de remerciements pour avoir été l’un des récipiendaires de cette cérémonie. J’ai décidé de revenir sur cette cérémonie à travers cet essai dans le but d’approfondir un peu plus ma position et de la rendre plus claire. Mon intervention va porter sur la forme et sur le fond de cette initiative. Je considère qu’au regard du combat sans faille que je mène depuis plus de 11 ans pour un mieux être du sport haïtien et surtout celui en faveur de ce que j’appelle ‘’sport pour tous’’, ce serait inélégant de ma part voire commettre un crime de lèse majesté si je ne le fais pas afin de lever toute ambiguïté. Je saisis donc l’opportunité qui m’est offerte ici pour le faire. Tout d’abord, je voudrais remercier la direction départementale des sports, de la jeunesse et de l’action civique d’avoir pris une telle initiative ô combien noble et louable ! Parce qu’il est rare dans notre pays de reconnaitre la force de travail de quelqu’un de son vivant, de valoriser son travail, de l’encourager et de le supporter, prétextant qu’il n’est pas de notre bord. Nous décorons, nous honorons les gens à titre posthume. Tel n’était pas le cas. L’initiative parlait d’elle-même. En dehors de l’aspect symbolique de cet événement, cela voudrait dire par ailleurs que mon travail en collaboration avec d’autres personnes n’est pas passé inaperçu, qu’il a de l’écho, qu’il existe des personnes qui s’intéressent à ce que je fais. Je les remercie pour cette attention particulière que je considère comme une preuve de reconnaissance d’un combat sans faille que je mène depuis plus de 11 ans en faveur du droit des jeunes à mettre en valeur leur corps et leur esprit aux moyens de la pratique d’un sport. En prélude à l’appel nominal de chaque personnalité choisie pour être honorée, il y a eu toute une série d’interventions dont certaines venaient des officiels tels le maire, le représentant de la délégation du sud-est, d’autres venaient de citoyens dont on questionne encore cette tribune qui leur a été offerte. Ce qui a retenu le plus mon attention et qui m’a horripile : leur intervention était truffée d’irrégularités, de contre sens, de concepts mal choisis. Ils n’avaient tout simplement pas leur place ! En fonction de quoi ont-ils été choisis pour prendre la parole ? Sont-ils reconnus dans le milieu sportif en général, dans le milieu scolaire, dans le milieu universitaire, pour leurs compétences, pour la portée positive de leur travail sur l’ensemble de la société ? Aucun n’était place pour prendre la parole voire pour parler du SPORT, qui est un concept si délicat, un concept si technique, un concept si sensible. D’ailleurs, ce n’est pas pour sans raison à l’heure actuelle qu’on parle des ‘’métiers du sport’’, qu’on parle des ‘’sciences et techniques des activités physiques et sportives’’. De tout ce que disaient ces derniers, rien n’a été en rapport avec le concept ‘’SPORT’’ lequel je rappelle est un concept scientifique qu’on ne peut pas prendre à la légère, qu’on doit cerner dans toute sa complexité et multi dimensionnalité. De plus, le comble ! Toutes les interventions tournaient autour du football ! Le SPORT en Haïti se résume au football. Quel dommage que le phénomène sportif est si mal compris, si méconnu, si mal cerné, si mal saisi dans ce pays par des gens, qui pis est, se réclamant du ‘’club des connaisseurs’’. Jamais auparavant, je ne m’étais trouvé dans une si délicate et inconfortable position. Ils ont assassiné sur l’autel du sacrifice le concept SPORT. Tout était planifié pour le faire. J’étais impuissant. Je devais me tenir à l’esprit de l’événement ! Plus haut, J’évoquais la direction départementale : celle-ci doit retenir toute notre attention. Nos regards doivent se tourner en ce moment vers elle. Elle vient d’avoir un nouveau directeur, M. Cénatus Penn. Cette direction départementale n’existe hélas que de nom tant les moyens et les ressources manquent. A l’instar des autres directions existant dans le pays, la notre est traitée en parent pauvre. Elle est dépourvue de tout. Rien d’étonnant quand nous connaissons le montant dérisoire qui est réservé dans le budget de la République pour faire la promotion du sport dans tout le pays. J’exhorte tous ceux qui peuvent le faire au-delà de leur appartenance à tel ou tel camp de venir en aide a notre direction départementale. Elle est à nous. Elle n’est la propriété privé de personne. La direction départementale des sports, de la jeunesse et de l’action civique du sud-est a besoin de toutes les compétences d’où qu’elles viennent. Car l’heure est grave. Il y va de son existence même. Une nuance que je voudrais faire dans cet essai. Je suis entièrement d’accord avec tous ceux qui réclament des personnes compétentes pour les diriger, pour les représenter. Tout comme, je suis parfaitement aux côtés de ceux qui protestaient peu après la cérémonie parce qu’ils ne figuraient pas parmi ceux qui étaient retenus pour être honorés au vu de ce qu’ils ont fait pour le football Jacmélien. Tout comme je suis en parfait désaccord avec eux quand ils se trompent de cibles et de combat. Il ne s’agit pas de s’en prendre à une personne. C’est trop facile. Très souvent, ceux qui se trouvent à la tête de telle ou telle institution, ne sont pour rien. Ils se sont vu là. Donc, il faudrait s’attaquer de préférence au système qui fait naitre de telle pratique. Comme j’ai eu à le dire lors de ma brève intervention, le problème est beaucoup plus profond que ce que l’on voit. Il faudrait donc l’attaquer aux racines. (Voir plus loin) Au cours de cette cérémonie, seulement des hommes ont été distingués…Mais où étaient passées les femmes ? Il n’y a pas eu de femmes ! Aucune femme n’a marqué de ses empreintes le sport Jacmélien ? Aucune femme ne figure dans les annales de l’histoire du sport de la ville de Jacmel ? Ce qui nous donne une indication claire de la nature de notre société qui laisse très peu de places aux femmes voulant s’adonner à une activité physique et sportive. C’est un crime envers la gente féminine. Ce qui revient à dire que nous vivons encore vers fin 19e et début 20e ou les femmes étaient interdites de stades, des lieux de pratique d’un sport tout court ! Il nous faut donc s’ouvrir au monde, aux autres et à ce qui se fait de mieux en matière de politique d’intégration sportive. Je dirais même que nous sommes aux antipodes, aux balbutiements de ce qui existe actuellement en matière de politique sportive par rapport aux autres pays. Nous n’avons pas une loi cadre pouvant régir, réguler, réglementer le sport en Haïti. Cette loi cadre consisterait à mettre tout le monde d’accord sur les attributions de chacun, sur la façon dont les acteurs dans le domaine sportif devraient interagir. Si les structures sportives de l’Etat n’existent que de nom, que dire de la situation des structures non étatiques telles fédérations sportives et les comités nationaux olympique et paralympique ? Tant qu’on y est, que dire de la situation des ligues, des clubs, des associations sportives ? Enfin, que dire aussi de la situation de nos écoles, de nos universités ? Le tableau est sombre même très sombre. J’ajouterais qu’en matière de sport que tout est à repenser, tout est à refaire, tout est à reconsidérer tant le chantier est immense. Quand l’Etat démissionne, quand l’Etat est absent, quand l’Etat ne donne pas le ton ? A quoi doit-on s’attendre ? Dans le même ordre d’idées, au lieu de mettre des pansements de part et d’autre du malade prétextant le soulager de ses maux, il faudrait à mon avis définir une vraie vision pour développer le sport à l’échelle nationale. Vision qui serait accompagnée d’un véritable plan d’action stratégique qui lui même reposerait sur des grands axes clés de développement préalablement identifiés. Peut-on appeler le fait d’ériger un peu partout des ‘’stadiums’’ comme on l’appelle, une vraie politique sportive ? N’est ce pas de la propagande politique ? Ca me fait penser à cet empereur romain de l’Antiquité pour calmer les esprits proposait du ‘’pain et des jeux’’ à son peuple. D’aucuns diront : c’est mieux que rien. Mais ce qu’il nous faudrait réellement : Sortir de cette logique c’est mieux que rien. Exiger de vraies politiques de développement durable à l’échelle du pays. Refuser à tout prix de faire l’apologie de la politique d’un homme pour embrasser plutôt une politique reflétant les aspirations de l’ensemble du corps sociétal. Réclamer de vraies personnes pour vous représenter et vous diriger. Ce choix devrait être fait en fonction des compétences reconnues publiquement. C’est un droit constitutionnel de dire, de choisir, qui est en mesure de vous diriger, de vous représenter, de décider et d’agir pour vous. Est-un crime de le dire ? Le crime c’est quand d’autres décident, choisissent en votre nom sans demander votre avis. Le crime c’est quand ils se prétendent tout connaitre, tout maitriser au mépris du respect des règles, des principes, des normes qui sont en vigueur sur le plan international. Le crime c’est quand ils kidnappent un domaine pour lequel ils n’ont aucune compétence. Le crime c’est quand les résultats ne sont jamais là alors que les besoins, les attentes et les demandes sont là et ne sont jamais comblés. Le crime c’est quand on laisse des jeunes au potentiel inestimable, courent les rues, oisifs, sans repères, livrés à eux-mêmes, sans qu’aucune politique sérieuse de prise en charge et d’animation ne soit mise en place. Vous vous êtes rendus compte chers lecteurs que le mal être du sport haïtien découle tout simplement d’une absence de volonté politique. Si nous diagnostiquons le malade : l’examen révèle une carence structurelle et infrastructurelle. Face à cette réalité, ne devrions-nous pas nous demander à quand une vraie politique sportive à l’échelle nationale qui inclurait le sport scolaire et universitaire, le sport de compétitions et le sport de loisirs. Seule des réponses politiques pourraient être apportées à cette question. Toutes les autres réponses en dehors du politique ne feraient qu’aggraver l’hémorragie. En dehors de la relation sport et politique qui mérite d’être améliorée, nous haïtiens, nous devons changer d’attitude et de manière de faire vis-à-vis du phénomène sportif. Le sport est un concept scientifique que nous cernons mal, que nous comprenons mal, que nous saisissons mal, nous avons un rapport pour le moins bizarre voire étrange avec ce concept. Il nous faut donc saisir ce phénomène universel dans le temps et dans l’espace dans toute complexité et sa dimensionnalité. Trop d’enjeux se cachent derrière ce phénomène pour le traiter comme le cancre de la classe. Le sport encadre et valorise et s’il est pris au sérieux à ce formidable pouvoir de véhiculer des valeurs éducatives, des valeurs sociales, des valeurs sanitaires et hygiéniques, des valeurs utilitaires. Il faut ajouter à ces valeurs, de enjeux économiques, des enjeux politiques et des enjeux culturels. Cela dit, nous devons nous mettre au-dessus de toute querelle stérile, de tout clivage de quel que nature que ce soit, pour proposer un modèle propre a nous, en rapport avec notre histoire de peuple, adapté a notre réalité et a la réalité du monde d’aujourd’hui, afin de sortir le sport haïtien du marasme dans lequel il est plonge depuis trop longtemps. Il nous faut donc arrêter des maintenant de tâtonner, d’improviser, de s’auto-octroyer des titres pour nous lancer de préférence dans le chemin de la formation : formation de base, véritable défi pour notre pays. Formation des cadres, des dirigeants, des militants, des journalistes et des athlètes, un autre défi. C’est la seule porte de sortie vers l’implantation d’un nouveau paradigme, d’une nouvelle génération de militants. Malgré un environnement politique réticent et hostile à l’implantation de nouvelles structures sportives saines et en dépit d’un contexte socio-économique de plus en plus difficile, ma mission depuis plus de 11 ans que ce soit au niveau scolaire (Centre Alcibiade Pommayrac), que ce soit au niveau universitaire (Université Notre Dame d’Haïti), que ce soit au niveau associatif (Union Sportive de Jacmel), que ce soit en tant qu’ancien coordonnateur du programme ‘’sport pour la paix’’ du comité olympique haïtien, a toujours été de former, d’encadrer et d’intégrer. Je me suis toujours mis aux côtés des jeunes avec la plus grande abnégation et le plus grand désintéressement. Leur situation précaire et vulnérable doit interpeller notre conscience de citoyen et de citoyenne. Seule une politique sérieuse de socialisation pourrait les aider à éviter les comportements auto destructeurs dans lesquels ils se livrent actuellement: Jamais la délinquance juvénile avec ses corollaires, l’oisiveté, l’ennui, la solitude, n’a été en très forte progression depuis 10 ans. Il nous faut donc nous occuper nos jeunes. Il nous faut leur proposer des espaces sains pour se retrouver, pour se recréer, pour s’épanouir mentalement et physiquement… l’avenir sportif d’Haïti doit passer impérativement par eux. Ce n’est pas seulement par le sport d’élites. Comme la tendance actuelle le confirme. Nous en abusons trop. Nous avons besoin aussi du sport pour toutes les catégories d’âge. Par ailleurs, J’ai toujours pris ma responsabilité et respecte mes engagements dans le cadre de mes actions au point de m’oublier, certaine fois. Je me suis toujours battu contre toute forme de manipulation, contre toute forme de propagande des jeunes à des fins personnelles. Je continuerai à le faire à chaque fois que cela est possible. Rien ne me fera dévier de ma mission qui est de venir en aide aux jeunes qui sont en proie à toutes sortes de difficultés dont j’évoquais plus haut. J’entends poursuivre avec la même ferveur cette mission aux côtés de mes principaux collaborateurs, partenaires, amis, collègues et aux cotes de ceux qui ont toujours cru en moi. C’est une mission collective. Je continuerai de croire aux valeurs et aux idéaux pour lesquels je me bats depuis plus de 11 ans.


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