Tel puni qui croit punir

Je refuse de croire que le peuple Haïtien est malpropre par nature, on l’a habitué à la malpropreté. C’est un peuple qui balaie, nettoie et arrose chaque jour.

Dans un pays sans principes  publics rigoureux désormais, ils sont ceux-là qui maintiennent le rythme. Sans agriculture d’aucune sorte, ils grappillent. Sans législations, ils ne font pas pourtant cette loi draconienne qui enlève même le goût à la vie. Ils sont condamnés à ne pas vivre, pourtant ils laissent vivre. Avec un policier pour chaque dix mille personnes, ils ne s’entretuent pas pour autant. Sans urbanisme, ils trébuchent, tombent et meurent sous la pluie. Sans hygiène publique, ils défient les maladies incurables. Sans défense, ils crachent leur mépris au nez des Tout-puissants et affichent désormais une indifférence métaphysique aux saltimbanques en redingotes. Tous les forfaits viennent d’en haut, s’écrasant sur eux et les écrasant. Le peuple haïtien est un peuple écrasé et qu’on écrabouille encore avec passion, revanche sourde, sournoise et bête.



Il y a au contraire chez le peuple haïtien, vivant au sein de cette charogne sociopolitique commandée, une dose de stoïcisme qui devrait servir d’exemple aux plus capables et aux mieux rémunérés. Ces derniers-là, à force de vouloir agrandir le royaume de la sous-humanité haïtienne, ils deviennent eux-mêmes des sous humains bouffis de prétention de noblesse, pas de noblesse de caractère, mais noblesse dans leur petitesse portée un peu trop haut.  Le peuple haïtien est un peuple qu’on punit pour s’arc-bouter trop à leur patriotisme tenace, un patriotisme qui donne un croc en jambes séculaires à la fortune facile au détriment de la patrie commune. Celui qui n’est pas capable de grands sentiments ne les comprend jamais chez les autres.



Alors, on punit les vrais professeurs et les vrais professants de vertus civiques et morales chez nous. Cet affront venu d’en bas, comment le punir davantage. Tuons les à compte-gouttes. Empoisonnons leur quotidienneté. Donnons-leur une ration d’existentialisme dure à mâcher, difficile à avaler et impossible à digérer. Mais, l’on ne punit jamais les autres injustement sans se punir soi-même à un certain degré, d’une façon ou d’une autre. Le revers de la médaille et l’ironie du sort sont des formules sans parti pris et fournissent une définition qui ne plait à personne en particulier.  



La conclusion est : celui qui contraint les autres à la malpropreté pendant qu’il vit dans un semblant de propreté est malpropre dans son âme. La logique la plus élémentaire devrait leur dire qu’on ne maintient pas l’insalubrité à distance parce que cette même brise douce qui parvient jusqu'à notre intimité luxueuse nettoie l’atmosphère sale des coins négligés à laquelle on contraint les autres et apporte l’insalubrité jusqu'à nos salons, jusqu’au bord de nos lits. Qu’on habite à La Saline ou à Péguy-Ville, la bouffée d’oxygène apportée par la mer est la même pour tous. Les tout-puissants ont la brise fraîche, les moins que rien, le peuple haïtien, ont le tout-puissant soleil. Il y a un Dieu quelque part, et ce Dieu, justicier éternel,  a de la classe. Alors tel pris qui croit prendre, tel puni qui croit punir.

 

Ernst Delma 2/11/2017



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