Chapeaux Bas

Une autre fois, à l’occasion de la célébration de notre Indépendance et du jour des Aïeux, plus qu’à l’occasion des festivités de fin d’années, réitérons notre révérence devant ceux-là qui ont marqué cette année de lettres indélébiles chez nous, ceux-là qui ont rendu vivable l’intenable. Dire chapeaux bas en quelque sorte à tous les commanditaires, tous les promoteurs, tous les idéologues et hommes d’action de la pensée sociopolitique haïtienne quel qu’humbles ou distingués, magnats ou renégats qu’ils soient. Honorer leur contribution à ce qui était fait pour sauver la face, pour aider Haïti survivre l’année 2016 en fléchissant pour ne pas rompre.

Chapeaux  bas à la ronde pour chaque Haïtien, aux petits-enfants des rues comme à ceux des maisons douillettes
Chapeaux bas au président Privert pour avoir laissé triompher le patriotisme sur les intérêts mesquins

En exprimant sa volonté de donner une chance à notre aspiration à une société démocratique en organisant les élections.

Chapeaux bas à tous les conseillers et consorts, nos Capitaines Courage
Pour leurs démarches constantes, un peu partout, épuisant toutes les ressources
De leur imagination pour, la peur d’échec presque certain dans l’âme,
Entreprendre de convaincre et d’apaiser les verdicts internationaux
Qu’Haïti a encore de maintes potentialités et que nous autres Haïtiens pouvons, hélas, faire mieux.
Il prend réellement beaucoup de courage pour dire aux autres ses rêves de grandeur
Et pour chanter les vertus d’une marchandise avariée que personne feint de ne pas vouloir consommer.
Chapeaux  bas, à tous nos artistes armés de guitare, de microphones et de tambours

Qui ont aidé à éradiquer la peur et la désolation, à endormir notre indigne et séculaire pauvreté. 

Chapeaux  bas à ceux-là qui ont continué d’essayer sans se décourager,
À ceux-là qui ont permis Port-au-prince de respirer un peu de l’étau de l’insécurité,
Étrangers ou autochtones qui ont consenti de petits efforts qui ne sont pas vains.
Chapeaux  bas à ceux-là qui ont juré de démissionner provoquant la terreur,
Vaincus dans leur enthousiasme de causer du tort ou de terroriser sans raison,  

Comme une flamme dangereuse consumée par sa propre ardeur.
Chapeaux  bas à ceux-là qui ont mis fin à la frayeur sans effrayer et sans s’effrayer.

Chapeaux bas à ceux-là qui ont eu peur d’avoir peur d’être Haïtiens et de crier leur Haïtienneté au nez du monde.

Chapeaux  bas à ceux-là qui ont humilié les fusillades par des accolades,

Ceux-là qui n’ont pas profité des obscurités de la nuit pour empirer nos difficultés.
Chapeaux  bas à ceux-là qui ont présenté l’autre joue à l’insolent dans un sourire.
Chapeaux  bas à ceux-là qui n’ont pas allumé le feu pour incendier mais pour réchauffer. 
À ceux-là qui ont choisi d’être plutôt patriotes pour que la patrie demeure.
Chapeaux  bas à ceux-là qui ont préféré payer les impôts à l’état
Au lieu de consentir des pots de vin aux fonctionnaires de l’état, appauvrissant ainsi l’état.
À ceux-là qui ont compris que quand l’état est trop pauvre tout le monde paraît pauvre
Chapeaux  bas à tous ceux-là qui ont contribué à convaincre que notre monde ne compte pas que des laideurs. 
Non, il n’y a pas que des laideurs chez l‘Haïtien, en Haïti et en nos échecs
Cœurs de bonne volonté planteraient des rosiers sur nos monts de détritus.
Mains gracieuses feraient pousser fleurs arc-en-ciel dans nos bourbiers de centre-ville
Consciences dénuées de préjugés feraient bien de nos malheurs d’aujourd’hui
Le levain rédempteur de nos lendemains meilleurs.  
Et Chapeaux  bas à ceux-là qui ont maquillé nos grands échecs de leurs petites réussites 
Aux esprits grandioses qui ont couvert les épaules immenses de nos déboires
Du manteau élogieux, réchauffant et colorié de nos petites victoires.
Chapeaux  bas aux mains bénies qui ont effacé les mauvaises choses pour écrire de bonnes.

À ceux-là qui ont fait de la plume  une épée à tranchants colmatant et de l’encre un venin sauveur
Chapeaux  bas à toutes les autorités civile, policière, religieuse, judiciaire qui ont tenté
D’aborder l'inabordable, de résoudre l’insolvable, de tenter le saut périlleux

Du discernement, de la franchise et du difficilement faisable pour défier notre fatalité imposée
Qu’ils me permettent de parodier Edgar de la Selve en les honorant de mes propres estimes
Pour mériter l’estime d’Haïti et de tous les Haïtiens,

Il suffit d’avoir tenté, l’achèvement supérieur et définitif viendra à force de tenter.
Chapeaux  bas à tous ceux-là qui ont permis Haïti de survivre 2016
Et Chapeaux  bas à Haïti, Madame Courage. Que l’année 2017 et l’avenir t’appartiennent.
------------------------------------------------------------Ernst Delma

 

 



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