Sapatann, polis kouche, bootleg : de violents sextoys et pratiques sexuelles

Les amis de Jacques Baptiste, Jacmélien de 29 ans, l’appellent Sapatann, parce qu’il est accro à ce sextoy du même nom très à la mode de nos jours en Haïti. «La compétition entre hommes et femmes est rude de nos jours. Si un homme n’arrive pas à faire jouir sa petite amie ou sa femme correctement, il risque de la perdre. Une lesbienne ou un autre homme, surtout les bredjenn, peut la lui ravir. Tu ris!!! Je ne blague pas. Les lesbiennes font pisser de jouissance les filles. Ou wè ka yon jèn gason ki pa ka bay randman?. Certains de mes amis utilisent du polis kouche», moi, je ne fonctionne pas sans mon sapatann de 4GB», a crânement commenté Jacques Baptiste, qui, pour illustrer ses dires, sort de sa poche un sapatann. Sapatann et polis kouche… Un sapatann, selon les explications de Jacques Baptiste, est un élastique. Pour le construire, l’homme amarre l’élastique sur le gland de son pénis pour en faire des nœuds. S’il fait deux nœuds seulement, on dit que c’est un sapatann de 2GB, ainsi de suite. Au moment de la pénétration dans une relation sexuelle, les nœuds de l’élastique se frottent sur les parois du vagin. Et, paraît-il, ça procure beaucoup de plaisir à la femme. Le polis kouche, lui, est fabriqué avec des préservatifs. Il sert à augmenter le diamètre de la verge. Le bootleg, lui, est un faux pénis en plastique, métal ou bois qu’utilisent ordinairement les lesbiennes.
Les pour…. Un nombre important de jeunes filles et garçons estiment que l’utilisation de ces sextoys ne peut pas être qualifiée de violence. Ces jeunes gens expliquent que les hommes usent de ces instruments pour procurer plus de plaisir à leur partenaire, pour pimenter leurs relations sexuelles et si effectivement les femmes jouissent davantage avec le sapatann ou le polis kouche, ce n’est pas de la violence. «J’adore le sapatann surtout au moment de l’orgasme. Il me procure une jouissance intense», a commenté les yeux fermés et sourire aux lèvres Marie-Louise, prostituée depuis 11 ans. «Un homme n’utilise pas du sapatann pour se faire plaisir, son désir premier est de procurer plus de plaisir à son partenaire, donc pour moi ce n’est pas de la violence», a commenté un jeune homme. «Pour moi, il y a de la violence si la femme n’est pas au courant que son partenaire sexuel use de sapatann ou de polis kouche dans leurs relations sexuelles. Si la femme est au courant, si elle consent et qu’elle en prend du plaisir alors ce n’est pas de la violence pour moi…» a ajouté une infirmière. «…C’est le sapatann créole qui fait saigner les femmes, c’est pourquoi moi j’utilise le sapatann étranger…», a ajouté Ricardo, un jeune de 32 ans. …et les contre…. «C’est inhumain…» a déclaré avec dégoût Smath Gardenia Michel, une jeune agronome. Max Renaud Lubin, un ancien coordonnateur national de la section Prévention de la violence dans une ONG internationale œuvrant en Haïti, lui, s’oppose aux deux précédents points de vue. Pour lui, il y a consentement quand les deux ou plusieurs concernés connaissent et ont un même niveau de compréhension de la chose, des risques et des dangers d’une pratique, d’une action. Pour lui, il ne suffit pas d’informer la femme qu’on va utiliser le sapatann dans une relation sexuelle pour en déduire qu’elle consent. Il faut lui exposer avec lucidité et sincérité les risques et dangers qui en découlent. Pour l’animatrice a Fanm Deside, Lucia Antoine, utiliser le sapatann, le polis kouche ou le bootleg dans une relation, c’est transformer le sexe de l’homme en une arme pour faire du mal, voir détruire la femme. C’est de la violence. Lucia explique qu’à Fanm Deside, l’institution phare dans la lutte pour la protection et le respect des droits de la femme dans le Sud-Est, elle rencontre en moyenne par année 20 cas de femmes qui souffrent après l’utilisation de sapatann ou de polis kouche par leur partenaire sexuel. Elle qualifie d’abus, de violences sexuelles l’utilisation de bootleg, de sapatann et de polis kouche dans une relation sexuelle. «Il y a quelques mois de cela, le mari d’une de nos plaignantes a utilisé du sapatann, et à la fin de la relation sexuelle, l’élastique est resté à l’intérieur du vagin de la femme, et a engendré une infection. La femme était venue nous voir à Fanm Deside, nous avons fait venir le mari et lui demander de prendre ses responsabilités. Ce qu’il a fait en emmenant sa femme voir un médecin…», a expliqué Lucia Antoine. «Un an de cela, une femme était venue nous voir avec ses cuisses écartées, parce que lors du viol, l’homme à utiliser un bootleg en métal. Malheureusement pour elle, le bootleg, étant trop court, est resté à l’intérieur de son vagin. C’est Fanm Deside qui a dû faire tout le suivi médical avec cette dame..», a insisté Lucia Antoine. Lucia Antoine précise que les prostituées sont les premières victimes de ces violentes pratiques. Elle déconseille aux hommes d’utiliser ces instruments sexuels qui font souffrir les femmes. Ce que pense un gynécologue … Le gynécologue Réginald Marseille confirme que l’utilisation de ces sextoys pourrait devenir dangereuse. Si le sapatann reste à l’intérieur du vagin de la femme, il peut occasionner des lésions. «En restant à l’intérieur du vagin, l’élastique détruirait la flore vaginale qui déboucherait sur une vaginose…», a expliqué le gynécologue Marseille.


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