Marbial et ses marchands ambulants de médicaments

Il est 9h du matin, ce mercredi 03 Février. Le marché de San Twèl de Lagosseline, quatrième section communale de Jacmel fonctionne à plein régime. Les marchands et marchandes s’occupent de leur petit commerce, parmi eux deux marchands ambulants de médicaments. Voiyis, mégaphone en main, courtise les clients. Samuel, lui, est déjà entouré de deux de ses clientes. Ces deux marchands sont connus de tous.

Depuis plusieurs années, ils alimentent en médicaments la majorité des 27 736 habitants du grand quartier de Marbial. Andrémène, 47 ans, marchande de sucre, jure sur la tête de ses trois enfants que Voiyis et Samuel sont ses deux anges gardiens. Elle croit que ces deux marchands se préoccupent plus que l’État haïtien de la santé des gens du grand quartier de Marbial. « J’habite à Michino à Cayes-Jacmel, je les vois presque tous les jours. Ils arpentent les marchés champêtres comme moi. Parfois les mardis et samedis, je les rencontre au marché de Cochon Gras, les lundis et vendredis à celui de Fon Briyol, ou à Michino, les jeudis à Cap-Rouge », confie crânement Andrémène en servant un client. Ce dernier confirme les dires d’Andrémène, en ajoutant : « Sans ces deux gars, moi personnellement, je devrais marcher deux heures et demi environ pour aller acheter mes médicaments à la pharmacie du Centre de santé de Cochon Gras. » « Quand je dis deux heures et demi de temps, c’est pour seulement me rendre à la pharmacie, pour revenir chez moi, je prendrais trois heures en escaladant des mornes », précise t-il. Les révélations d’Andrémène et de son client sont approuvées par le secrétaire général de l’Association des Fils, Filles et Amis de Marbial (AFAM), Lafortune Jacques Obnel. Entre Malanga, habitation de Lagosseline (Marbial), limitrophe avec Berli, à Rivière-Froide, commune de Carrefour (département de l’Ouest) et le Centre de santé de Cochon Gras, il n’y a qu’une petite pharmacie reconnue par le MSPP. Un citoyen de Malanga devrait marcher six heures de temps pour venir acheter un médicament au Centre de santé de Cochon Gras et mettrait à peu près six heures et demie pour retourner chez lui à Malanga. Selon Jacques Obnel Lafortune les agents de santé formés par le MSPP, les organisations non gouvernementales, Caritas et Kros, jouent le rôle de pharmacien. Ils achètent en gros des médicaments à Jacmel, à Port-au-Prince et en République Dominicaine et les revendent dans n’importe quelle condition. Une infirmière travaillant au centre de santé de Cochon gras qui a requis l’anonymat et que nous appelons Maude dans ce texte et Lafortune de l’AFAM croient que le MSPP doit régulariser la vente de médicaments sur le marché et conseillent par ailleurs à l’État de faciliter l’ouverture de plus de pharmacies dans les zones reculées. « Les marchands ambulants remplissent un vide laissé par l’État. Pour combattre ce marché très lucratif, l’État doit d’abord ouvrir ou faciliter l’ouverture de pharmacies un peu partout dans le département du sud-est », a commenté Maude. …et Voiyis. Le marchand Voiyis avoue que son commerce est très lucratif. Selon lui, son chiffre d’affaire tourne autour de vingt mille gourdes par mois. Pour lui, son succès réside dans le porte-à-porte. Il reconnait aussi que beaucoup de ses collègues vendent des médicaments contrefaits. Un fait qu’il dénonce. Pourtant, il y a des hospitalisations liées à la consommation de médicaments non contrôlés. La vente libre de médicaments devient un problème de santé publique à Marbial, selon Maude. Celle-ci confirme qu’à plusieurs reprises des patients viennent au centre avec des complications dues à la consommation de médicaments achetés aux marchés champêtres de Marbial. « Yo konn vini ak bouch yo vire lanvè. E sak pi rèd la yo vin lannwit », raconte l’infirmière Maude. Un patient est venu une fois, au Centre de santé pour des complications dues à la consommation d’un médicament qu’un marchand ambulant lui a prescrit pour soigner son cœur. Le personnel médical a demandé au malade d’aller chercher l’emballage de ce médicament. Quand les parents du malade sont revenus avec cet emballage, le médecin de service a été étonné de constater que ce médicament est inconnu du milieu médical haïtien. « J’ai déjà rencontré des cas où les marchands ambulants de médicaments prescrivent et vendent aux gens du sérum oral comme protéine. Ils conseillent aux clients patients de mélanger le sérum oral avec du lait », a révélé Maude, qui lance un SOS au Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP). Marbial est situé à 18 kilomètres au nord de la ville de Jacmel. Ce quartier de 172,5 kilomètres carrés de la commune de Jacmel regroupe cinq sections communales : 2ème Fond Melon Selle, 4ème La Gosseline, 3ème Cochon-Gras, 5ème Marbial et 7ème Grande Rivière de Jacmel.

 



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