Les facteurs du décès maternel dans le Sud

« Seulement 38% des accouchements sont réalisés par un personnel qualifié ce qui veut dire que 63% des femmes enceintes n’accouchent pas dans des milieux hospitaliers », a révélé une enquête sur la Mortalité, Morbidité et l’utilisation des Services (EMMUS) en 2012. Aux Cayes, dans le département du Sud, l’hôpital immaculée conception des Cayes (HIC/Cayes) référence du département enregistre deux décès par mois. Un souci pour ce centre hospitalier qui veut réduire au maximum le nombre de décès maternel.

 

Quels sont les causes de ces décès? L’hypertension artérielle, la mauvaise alimentation de la femme enceinte, les infections, les hémorragies sévères sont les causes de la mortalité maternelle en Haïti. Ces pathologies à elles seules représentent 90% de décès maternel, d’après le directeur de la Direction de la santé de la Famille du ministère de la santé, le docteur  Reynold Grand-Pierre.

 

Selon plusieurs infirmières de l’hôpital immaculée conception des cayes, rencontrées sur place, plusieurs femmes enceintes ne suivent pas les consultations exigées pendant la grossesse. Celles venant des sections communales éloignées arrivent à l’hôpital après que les sages femmes ont tout essayé. Elles viennent voir le médecin en dernier recours. Devant un tel constat, les chances de sauver la mère et l’enfant sont très minces. disent-elles

 

Même son de cloche pour le docteur Gerard Evens Lucien, chef de maternité de cet hôpital. Il estime que les visites prénatales sont nécessaires pour la bonne santé de la mère et l’enfant. Ces visites, selon lui, rythme la grossesse, elles permettent au médecin de suivre l’évolution de ce petit être.

 

La pauvreté, la distance, le manque d’information, l’inadéquation des services, les pratiques culturelles sont entre autre des facteurs qui empêchent les femmes de recevoir ou de solliciter des soins durant la grossesse et l’accouchement.

 

Pour d’autres infirmières, la mortalité maternelle dépend aussi d’autres facteurs. Chez les jeunes, la grossesse non-désirée entre aussi en ligne de compte. Assez souvent, ils ne sont pas trop au courant de la méthode contraceptive, un moyen qui permet de rationnaliser sa vie en couple.

 

Maude en sait quelque chose sur la planification familiale (PF). Elle sait que la PF  peut éviter le pire. Elle se souvient que sa sœur Betty, âgée de 20 ans, est morte en mettant au monde son enfant. Betty  ne voulait pas que son enfant connaisse les mêmes conditions d’existences qu’elle.

Originaire de Miserne, 5e section communale des Cayes, elle est tombée enceinte d’un jeune chômeur.

 

« Betty refusait d’être maman. Elle s’est laissée aller, négligeant toute recommandation du médecin; elle refusait catégoriquement de se rendre à l’hôpital pour les visites. Lors de son accouchement, elle a eu une éclampsie, elle et le bébé sont morts. Que pouvaient les médecins  »se demande Maude.

 

Le facteur de grossesse non-désirée aggrave le phénomène de mortalité maternelle.  Plusieurs femmes enceintes sont comme Betty, elles vivent leur grossesse comme un fardeau.

 

D’après les chiffres tirés de l’EMMUS IV, le taux de mortalité maternelle s’élève à 630 décès  sur 100 000 naissances vivantes.  Selon l’ONU, le taux de mortalité maternelle en Haïti demeure très élevé en comparaison avec les autres pays de la Caraïbe et de l’Amérique  latine.  Avec 350 décès pour 1000 femmes, Haïti a un taux de mortalité maternelle largement supérieur à la moyenne du continent, 190 pour 1000 dans les Caraïbes et 72 pour 1000 en Amérique latine.

 

L’hôpital immaculée de conception des Cayes, couvre les départements du Sud et de la Grand –Anse. Il ne dispose pas d’assez d’équipements et d’espace pour accueillir la population des femmes enceintes. Aussi nombre d’entre elles accouchent le plus souvent chez elles avec l’aide d’une sage-femme qui assure le rôle que devrait jouer le gynécologue.

 

Réduire le taux de mortalité maternelle est un engagement, une priorité pour Haïti et pour le ministère de la santé publique et de la population dans le cadre des objectifs de Développement durable soutient le directeur de la Direction de la Santé de la Famille (DSF), le docteur Reynold Grand-Pierre. Il croit que cette situation va s’améliorer vu les efforts déployés par le MSPP et ses partenaires nationaux et internationaux dans le domaine de la santé en Haïti.



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