La défécation à l’air libre, un danger permanent pour la Ravine du Sud

Aux Cayes, dans certaines zones, les habitants défèquent à l’air libre. La Ravine du Sud illustre ce problème. Ce cours d’eau qui traverse cette ville, n’est pas épargnée. Riverains et vacanciers déplorent le comportement des personnes qui utilisent cet espace récréatif pour faire leur besoin en pleine nature. Même les femmes ne se soucient pas de leur intimité. Le manque de latrine, la pauvreté, l’inculture des gens sur les questions liées aux maladies hydro-fécales et un manque de sensibilisation est à la base de ce problème crucial dans un pays où sévit le choléra.

 

« Déféquer à même le sol est dangereux vu que les excréments humains, surtout lorsqu’ils recèlent le vibrio cholerae  peuvent contaminer les sources, les rivières et entrainer la mort », souligne Jean, un agent de santé communautaire des Cayes.

 

La Ravine du Sud, espace tranquille bordé de verdure qui met en avant une nature souriante est souillée de matières fécales d’hommes, d’animaux et des amas de déchets qui conjugue avec les rats et les chiens errants disputant de la nourriture.

 

Un usagé de ce cours d’eau Lauréus,  révèle que les vidangeurs en font un espace de prédilection pour déverser des excréments. A la nuit tombée, après avoir nettoyé les latrines, ils viennent tranquillement déposer leur chargement dans le lit de la rivière.

 

Une telle pratique n’est pas sans conséquence sur la santé de la population. Lauréus se rappelle que des mois après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, les dégâts causés par les matières fécales déverser dans le fleuve Artibonite avait causé par la suite des milliers de morts. Les Haïtiens continuent de mourir de choléra.

 

« A quand une politique responsable où chacun joue sa pleine partition dans les affaires de la République ? », se demande le jeune homme. Il croit que le climat délétère qui prévaut dans le pays a amené les gens à laisser traîner les affaires publiques pour se pencher sur leurs intérêts personnels, autrement dit, l’investissement de l’État dans les questions de l’hygiène et de l’assainissement est trop faible, une vraie goutte d’eau dans la mer pour changer les habitudes  portant sur l’hygiène de base de la population.

 

« Personne ne va me dire qu’il ne connait pas les dangers que la population encourt avec de telle pratique au niveau de la Ravine du Sud ? », dit-il.

 

Pour l’agent de santé communautaire, la proximité de la population avec les immondices, les eaux usées et les matières fécales est un véritable danger public et devrait être sur la liste des urgences des autorités.

D’après le directeur général du ministère de la Santé publique, le Dr Gabriel Thimothé, les maladies à transmission fécale-orale peuvent être à la base de la diarrhée, de la typhoïde, des hépatites et le choléra.

 

Dans toute la Caraïbe, les pays ont une bonne couverture d’assainissement, les chiffres sont entre 78 à 98 %. Haïti a 28% de couverture en matière d’assainissement. Une honte pour la Caraïbe, d’après l’ingénieure Edwige Petit, directrice de l’Assainissement de la Direction nationale de l’eau potable et de l’assainissement (DINEPA)

Au niveau national, en matière d’assainissement, les chiffres sont alarmants. « De nos jours, on a 50 à 52% de la population en milieu rural et 35 % au niveau national qui n’a pas un endroit pour faire leurs besoins physiologiques d’après les statistiques de 2006 », indique l’ingénieure Petit. Et de poursuivre : « Seulement 18% des Haïtiennes et Haïtiens bénéficient d’un assainissement amélioré, estime l’Office de coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l’Organisation des Nations Unies (ONU), dans un document rendu public fin août 2014 ».

 

L'environnement influe sur la santé. Pour l’agent de la santé communautaire des Cayes ne pas se soucier de l’environnement « se lave men siye ate » (Faire des coups d’épée dans l’eau).

 

Sommes-nous livrés à nous-mêmes ? Devrons-nous réinventer la roue, inventer des techniques et des méthodes propre à nous-mêmes pour protéger nos patrimoines? Pour Lauréus, la Ravine du Sud est un bien commun. Un patrimoine à protéger. Les questions qu’il soulève doivent interpeller tout un chacun dans sa sphère d’action.



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