Edmond Mulet rattrapé par son passé de “trafiquant d’enfants au Guatémala” ?

Un diplomate devrait être destitué de son poste à l’ONU après enquête. C’est le titre d’un article paru sous la plume de Louisa Reynolds dans le Boston Globe de ce vendredi dans la section “OPINION”. Dans cet article, la journaliste fait é
L’article du Boston Globe dans son intégralité (traduction) Le diplomate guatémaltèque de plus haut rang à l'ONU, Edmond Mulet, a été largement considéré comme "l'honorable candidat» qui pourrait sauver le système politique de ce pays de la corruption. Mais tout à coup, plusieurs rapports indiquant que Mulet a fait l’objet d’investigations pour implication présumée dans le trafic d’enfants par les autorités guatémaltèques en 1981 pourraient considérablement ternir l’image de ce diplomate. Les informations contenues dans ces rapports pourraient asséner un coup sévère à la crédibilité de l'ONU en Amérique latine, étant donné que pendant des années l'UNICEF a fait du lobbying auprès du gouvernement guatémaltèque pour porter ce dernier à adopter des lois d'adoption strictes qui mettraient fin à la traite des enfants. Guatémaltèque d'origine française, Mulet est le Sous-Secrétaire général de l'ONU pour les Opérations de Maintien de la Paix. Il a également exprimé son intérêt pour se porter candidat à la présidence lors des prochaines élections de septembre 2015 sous la bannière du parti Todos. L’ancien président disgracié Alfonso Portillo, qui sera libéré de prison fédérale aux États-Unis le 25 février, après avoir servi moins d'un an de sa peine de six ans pour conspiration en vue de blanchir $ 2,5 millions à travers le système bancaire américain, serait l'un de ses principaux supporteurs. Dans les années 1980, Mulet était avocat et un candidat au Congrès pour le parti d'extrême-droite PNR. Il a également fait partie de “Les Enfants du Soleil”, une “entreprise” d'adoption internationale qui fournissait des enfants guatémaltèques à des parents adoptifs au Canada. En effet, selon un rapport publié par le site web guatémaltèque de journalisme d’investigation “Plaza Pública" le 30 janvier dernier, Mulet aurait employé à l’époque une femme chargée de recruter des femmes enceintes pauvres dans les marchés du Guatemala afin de les «aider» à trouver des foyers d'adoption pour leurs bébés". Les lois sur l'adoption du Guatemala exigent, entre autres choses, un rapport des services sociaux sur l'aptitude des parents adoptifs. Généralement, ce processus peut s’échelonner sur un an. Toutefois, le rapport sus-mentionné affirme que Mulet a conçu un système astucieux qui permet aux parents biologiques de signer un document accordant la garde de leurs enfants à l’entreprise “Les Enfants du Soleil”. Des visas touristiques ont ensuite été délivrés pour les nourrissons et en seulement deux mois, ils étaient dans un avion pour le Canada. Mulet avait été une fois emprisonné après un raid effectué par la police dans un hôtel à Guatemala City où quatre femmes canadiennes se préparaient à quitter le pays avec cinq bébés guatémaltèques, mais il a été libéré peu de temps après. Mulet a fait savoir qu’il avait été libéré de prison parce que les accusations ne reflétaient pas la réalité et que "tout ce qu'il faisait était légal". D'autres avocats sans scrupules allaient bientôt comprendre que les bébés guatémaltèques étaient une "denrée précieuse". En 2008, le Guatemala était devenu le premier pays “exportateur d'enfants” dans le monde, selon l'UNICEF. La plupart des enfants ont été adoptés par des couples américains. Au fil des ans, de nombreux enfants ont été enlevés à leurs parents pour nourrir l'industrie d'adoption. Heureusement, l'approbation d'une nouvelle loi sur l'adoption en 2009 allait mettre un terme à ces pratiques et mis plusieurs avocats derrière les barreaux. Bien que l’enquête de Plaza Pública a créé le buzz sur les réseaux sociaux et réédité par les médias au Chili, au Mexique, au Pérou et au Salvador, il n’est pas encore certain que ces révélations pourraient entraver les aspirations politiques d’Edmond Mulet. Mais une chose est certaine: si Mulet n’est pas relevé de son poste à l’ONU, la crédibilité de l'organisation internationale au Guatemala, et dans toute la région, sera sérieusement compromise. Le dossier de Mulet est maintenant une source d'embarras pour l'ONU, une erreur comparable à la nomination d'un baron de la drogue en tant que directeur de la DEA. L'ONU doit maintenant prendre position sur la question. Ne pas le faire serait hypocrite et pourrait sérieusement compromettre la crédibilité de l'ONU au Guatemala et en Amérique latine, conclut la journaliste Louisa Reynolds dans cet article paru dans le Boston Globe de ce vendredi.


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