Haïti /Environnement : des algues envahissent le littoral jacmélien

Depuis plus de 3 mois, sur le littoral du département du sud-est s’échoue une quantité inhabituelle de plantes marines sous le regard curieux de la population. Les observateurs s’y posent des questions communes comme : de quoi s’agit-il ? D’o
Pour en avoir été témoin oculaire, ses espèces brunes couvrent le long de la côte du sud-est, de Côtes-de-Fer en passant par Jacmel jusqu’à Anse-à-Pitres. L’abondance est telle qu’elle laisse imaginer que la côte du département du sud du pays (les Cayes) serait également touchée. Ces algues brunes forment d’immenses bancs sur chacune des plages du département. Les jacmeliens peuvent témoigner de leur présence à Timouillage, Raymond les bains, « lakou new york » ainsi qu’à Baguette, ce qui rebute les baigneurs et entrave la tâche quotidienne des pêcheurs. Cet échouage volumineux n’a jamais été observé sur la côte du département auparavant. Toutefois, Haïti n’est pas la seule à avoir connu un tel phénomène. En 2011 et 2012, les côtes guadeloupéennes étaient envahies et cette année encore elles en sont couvertes d’un volume qui s’annonce supérieur au précédent. De quoi s’agit-il et quelle est son origine ? Ayant pour nom binomial « sargassum fluitans », il s’agit d’une algue brune appelée localement « varèch » connue en français sous le nom de Sargasse commune. Ses thalles (feuilles) sont de couleurs jaune clair avec des bords dentelés. L’algue renferme beaucoup de particules sphériques qu’on aurait appelé, à tort, des graines, alors qu’il s’agit d’un ensemble de pneumatocytes qui lui permet de flotter. En effet, contrairement à tant d’autres sargassums qui sont fixées dans le fond marin, celle-ci vit de manière exclusivement flottante et n’atteint pas plus d’un mètre de profondeur. Elle forme donc des tapis denses et épais à la surface de la mer. Quant à son origine, elle reste hypothétique. Mis à part la mer des sargasses, jadis le principal foyer de cette espèce située dans l’atlantique nord, il n’excitait pas d’autres régions proches des Antilles où sa présence a été observée. Néanmoins dans le temps celles de la mer des sargasses n’envahissaient pas les côtes insulaires, du moins en quantité négligeable. Son origine tourne autour de deux principales hypothèses, la première soulevée stipule la création d’un nouveau foyer au nord-est de l’arc des Antilles sur la trajectoire du courant qui remonte vers les îles caribéennes parmi lesquelles se trouve l’île d’Haïti. Ses algues se développeraient en cours de navigation grâce aux conditions biotiques et abiotiques qui lui sont favorables dans la mer des caraïbes et s’échouent sur les côtes insulaires. La seconde se repose sur l’explosion d’une plateforme pétrolière en 2010 dans le sud des Etats-Unis, libérant une grande quantité d’hydrocarbure, substance très favorable au développement des sargasses. Celles-ci rejoignent donc massivement les côtes sous l’influence des courants marins. Toujours est-il, la provenance reste dans l’incertitude puisqu’il ne s’agit que d’hypothèses. Quelle sont les conséquences de cet échouage massif ? Ces tonnes d’algues échouées ne sont pas sans effet sur la population concernée. Mis à part les difficultés qu’ont les pêcheurs à filet qui les capturent beaucoup plus que des poissons, ses algues en cours de putréfactions sont de véritables sources de pollution olfactive. Elles dégagent une odeur pour le moins nauséabonde. L’esthétisme du littoral haïtien en a aussi pris un coup, par ses bancs d’algues qui s’y installent à perte de vue, mais heureusement passager. Sur le plan sanitaire, ses algues ne seraient pas anodines. En 2012, une étude a révélé qu’une longue exposition au gaz dégagé par les sargasses (le sulfure d’hydrogène) peut irriter les yeux voire atteindre le système nerveux central (du cerveau à la moelle épinière). Pourtant à « lakou new york » pour ne citer que cet espace de bord de mer, plusieurs centaines d’individus s’y exposent tous les jours…. A Timouillage, des mesures d’enfouissement des algues dans le sol ont été prises pour résoudre le problème de pollution visuelle voire olfactive. Mais, ses solutions réduisent-elles l’émission du sulfure d’hydrogène ? Diminuent-elles le risque de s’y exposer puisqu’elles sont enfouies dans le sable non loin de la laisse de mer ? Comment s’en débarrasser ? L’hypothèse de les utiliser comme engrais nécessiterait pour le moins une désalinisation sans quoi le sol sera brulé. Dans les Antilles, les questions sur le devenir de ses échouages massifs sont nombreuses mais sans réponses pertinentes jusqu’à date. En Haïti, si nous ne pouvons pas les utiliser à des fins utiles, pourquoi ne pas réduire le risque d’exposition de la population au sulfure d’hydrogène par la gestion directe de ses algues ou par une sensibilisation massive de la population qui les côtoie journellement ?


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