Haïti écologie : la protection de la faune marine, où en sommes-nous ?

Alors que la plupart des espèces marines vulnérables à l’échelle planétaire ou régionale sont protégées, des espèces rares et menacées sont encore, au jour d’aujourd’hui, victimes de braconnage en Haïti.
Ce mardi 12 août vers les 3 heures de l’après-midi, à Timouillage, une zone de la commune de Cayes-Jacmel, dans le département du Sud-est, au port non loin de la plage, une embarcation de pêcheur se rapproche du littoral. A son bord, une tortue braconnée, immobilisée par une corde. Ce n’est qu’une parmi les dizaines pêchées par mois seulement sur le littoral sudessois. Ce reptile marin traqué par ce pêcheur au compresseur est connu sous son nom vernaculaire de « karèt » dans le Sud-est (Tortue Caouane en français). Celui-ci découlerait de son nom scientifique « caretta caretta ». Cette prise pèserait environ 80 kg et « devrait être vendue au prix de 3000 gourdes », déclara le pêcheur. Cette tortue marine est l’une des 5 espèces observées dans les eaux de l’île. Il semblerait que cette espèce ne ponde pas dans les Antilles françaises ni les îles avoisinantes. Néanmoins, selon les habitants des bourgs côtiers, elle aurait été observée maintes fois pondant sur la côte sudessoise du pays pendant la période allant des mois d’avril à juin. Alors qu’elle est pêchée librement dans la mer haïtienne, cette espèce est classée « En danger d’extinction » dans le monde par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). Par contre, dans les Antilles françaises et presque partout ailleurs, toutes les tortues marines sont intégralement protégées. Le statut de protection est tel qu’il couvre même leurs sites de ponte (la plage), leurs œufs et leurs habitats. Cette capture à Timouillage, qui n’est pas la première, devrait nous alerter sur notre situation en matière de protection de l’environnement notamment celle de la faune rare et menacée. Serait-ce par négligence, par ignorance ou par indifférence ? Les principales menaces des tortues marines sont d’ordre anthropique. Lorsqu’on sait qu’un simple sac en plastique jeté sur la plage ou conduit vers elle par n’importe quel moyen (vent, cours d’eau, égouts...) peut se retrouver dans la mer, être ingéré par les tortues et provoque sa mort, la question précédente vaut la peine d’être posée. En effet, les tortues marines confondent les sacs en plastique avec les méduses, un invertébré de mer qui constitue sa principale alimentation. D’une part, dans le Sud-est, notamment dans les zones côtières, non seulement les tortues sont pêchées pour la consommation mais leurs œufs aussi sont dérobés par la population locale juste après la ponte. Ainsi donc, cette espèce est destinée à disparaitre de l’île Hispaniola, à cause, entre autres, de ce vandalisme au niveau de sa reproduction. Aujourd’hui, la pression sur les tortues (directe et/ou indirecte) est telle que s’il en reste une dans les eaux haïtiennes, c’est parce qu’elle s’est bien tenue. D’autre part, les lampadaires à bord des plages (éventuels sites de ponte) désorientent les tortues qui y viennent pondre. Elles sont, là encore, victimes d’une autre réalité anthropique : la pollution lumineuse. Ainsi dit, ne devrions-nous pas prendre en considération cette portée écologique avant d’aménager une plage ? Le cumul de ses menaces témoigne de la précarité de cette espèce autour de l’île et notre laxisme vis-à-vis du patrimoine écologique du pays témoigne, quant à lui, de notre état d’esprit en matière de relation Homme/Nature. Il est donc une notion liminaire de comprendre que notre existence dépend du bon fonctionnement de l’écosystème et que dans la danse chaque être vivant a sa place et son rôle (y compris cette espèce de tortue). Chaque fois qu’une espèce disparait, la vulnérabilité de l’être humain s’accroit. La biodiversité étant donc un patrimoine à léguer aux générations futures, il serait dommage que nos petits fils ne puissent voir une tortue qu’en image. Si ailleurs certains protègent, qu’attendons-nous les haïtiens pour y participer ? Corinne Gendron n’a-t-elle pas dit que l’écologie fonctionne comme « des vases communicants » et qu’une perturbation écologique régionale en est une mondiale?


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