Caisse Populaire Espoir vue par Marcelin Alexandre et Pérono Molière

La Caisse Populaire Espoir (CPE) de Jacmel vient de célébrer son 38e anniversaire. A l’occasion de ce bel événement, le Conseil administratif de cette institution financière a organisé son 38e assemblée générale, le dimanche 19 Octobre 2014. L
BC : L’équipe Bonzouti.com est heureuse de faire cette entrevue avec vous sur le fonctionnement de la Caisse Populaire Espoir (CPE), son rôle dans la vie socio-économique de Jacmel. Pourriez-vous nous parler de votre fonction au sein du Conseil d’administration ? M.A : Je remercie l’équipe Bonzouti.com d’avoir pensé à réaliser un tel travail mettant l’accent sur un secteur qui, selon moi, est vital dans la réalité économique du pays généralement, et le département du Sud-Est en particulier. Tout d’abord, je réponds au nom de Marcelin Alexandre, l’un des dirigeants de la Caisse Populaire Espoir. J’occupe le poste de Vice-président au sein du Conseil d’Administration. BC : En tant que Vice-président du Conseil d’Administration, quelles sont vos attributions spécifiques dans cet organe ? M.A : Etant une structure organisée, le Conseil d’Administration du CPE est composé de sept membres, il a pour responsabilité principale la gestion de cette Caisse populaire aux regards des prérogatives de la loi. Les règlements intérieurs de ce Conseil définissent clairement le rôle de chaque membre spécifiquement. Et, comme je viens de vous le dire, je joue le rôle de Vice-président, ce qui me donne l’autorisation de prendre des décisions au nom du président en son absence. BC : Se basant sur la réalité socio-économique du pays, la cherté de la vie, pensez-vous que la CPE contribue activement à l’amélioration des conditions de vie de ses clients sur le plan socio- économique ? M.A : Si l’on revient à la naissance même du mouvement des coopératives, nous pouvons déjà dire que cette initiative a pu voir le jour à cause des difficultés économiques qu’ont connues les pionniers de ce mouvement. Ces derniers, en effet, ont ressenti cette nécessité de se regrouper pour changer leur situation économique. Il faut dire la création de la Caisse Populaire Espoir a été occasionnée par cette même réalité, ce même courant visant l’amélioration de la réalité économique du pays. Nous sommes conscients de la réalité socio-économique du pays, et la Caisse Populaire Espoir se donne pour rôle de porter main forte à une catégorie sociale du département en leur permettant d’avoir accès à des services financiers. Car, il n’est pas aisé pour la catégorie de la classe sociale moyenne d’avoir accès à des services financiers dans le pays. Donc, l’un des rôles de la CPE est de faciliter l’accès à cette classe au niveau économique. Cela fait déjà 38 ans depuis que la CPE œuvre dans la région du Sud-est, tout au long de ces années, nous desservons la population en lui accordant un service d’épargne et de crédit. Comme vous le savez déjà, il est très difficile pour cette classe d’avoir accès à des crédits dans les autres structures financières, pour pouvoir faire face aux exigences économiques. Donc, la CPE leur facilite l’accès, ce qui leur permet de mieux s’organiser. Par exemple, nous octroyons des crédits à des personnes qui souhaitent renforcer leurs petits commerces, à d’autres qui veulent monter une entreprise ou construire des maisons. Nous pouvons dire que la CPE représente un grand atout dans la vie économique des gens de la région depuis ses longues années d’existence. BC : De par la nature du CPE, nous comprenons qu’elle offre des services financiers à la population, qu’elle appui les gens sur le plan économique. Mis à part de cela, est-ce- que la Caisse Espoir donne également d’autres types d’apport à la communauté Jacmélienne ? M.A : Nous pouvons vous dire que, mis à part notre responsabilité de faciliter à la population l’accès à des services financiers, nous avons aussi pour mission d’accompagner socialement la communauté de Jacmel. A ce niveau, nous pouvons dire que nous faisons des choses timidement jusqu’ici vue certaines contraintes qui nous empêchent de réaliser de plus grandes choses. Juste pour illustration, la CPE a été touchée par une situation très alarmante à laquelle faisait face un établissement scolaire national de la ville, et nous avons alloué un appui financier à l’équipe dirigeante de cette école pour la construction d’une cinquantaine de bancs environ. Car, on ne saurait parler d’une nation solide sans une bonne éducation. Donc, nous avons jugé nécessaire de contribuer à solutionner ce problème logistique de cet établissement scolaire. BC : Nous savons que plusieurs institutions financières investissent dans un secteur social en particulier tels que le sport, l’éducation, la culture et autres. Donc, est-ce qu’il en est de même pour la CPE ? M.A : Normalement, nous ne priorisons pas un secteur en particulier. Par exemple, il nous arrive souvent de supporter le ministère de la jeunesse et des Sports dans la réalisation de leurs activités. Toutefois, il est important de vous dire également qu’en tant qu’une structure financière d’épargne et de crédit qui fonctionne dans le respect des lois régissant nos activités, nous ne pouvons pas toujours répondre à certaines demandes. Et, c’est l’une des raisons qui motive le Conseil à mettre sur pied une fondation afin de pouvoir mieux répondre à certaines obligations de plus grande envergure à caractère social. Ceci étant dit, la CPE est très consciente du volet social dans ses responsabilités, du rôle qu’il pourrait jouer dans l’amélioration de certaines choses à ce niveau, et donc nous pensons sérieusement à la mise en œuvre d’une fondation. BC : Durant tout le déroulement de l’entrevue, vous avez bien pris soin de nous expliquer les apports donnés par la Caisse Populaire Espoir sur les plans économique, social, d’ailleurs vous avez même comme objectif de créer une fondation pour faciliter vos investissements dans le social. Donc, nous pouvons dire que toutes ces actions poursuivent un rêve, un idéal. Alors, c’est quoi le rêve de la CPE ? M.A : Depuis sa création jusqu’à ce qu’elle devient ce patrimoine aujourd’hui, la Caisse Populaire Espoir poursuit un grand rêve. Il s’agit en effet d’un vaste rêve, mais que peut se résumer en quelques mots. Notre rêve est devenir un acteur clé dans le développement socio-économique du département du Sud-est. …………………………………………………………………………………. BC : M. Peronneau nous savons que vous êtes l’un des cadres de la Caisse Populaire Espoir, pouvez-vous présenter brièvement ? MP : Tout d’abord bonsoir, comme vous venez de le dire je suis l’un des cadres de la Caisse Populaire Espoir. J’ai une formation en économie, j’ai beaucoup d’expériences dans le domaine des micro-crédits et d’autres domaines financiers. Et au sein de la CPE, je travaille comme Directeur de crédit. BC : Pouvez-vous nous expliquer ce que c’est exactement une caisse populaire ? MP : Une caisse populaire est une forme de coopérative. La différence systématique entre une coopérative et les autres structures financières est que la création d’une coopérative se fait toujours par un groupe de personnes qui confrontent des difficultés économiques. En fait, elle est toujours la résultante d’une décision d’un groupe d’individus privés des services de l’Etat ou qui n’ont pas toujours accès aux produits du secteur privé. Toute caisse populaire est une forme de coopérative qui offre une qualité de services financiers spécifiques à savoir, un service d’épargne et un service de micro-crédit. Donc, toute caisse populaire est une forme de coopérative appelée : Coopérative d’épargne et de crédit. BC : Pouvez-vous nous expliquer la différence existante entre une banque et une caisse populaire ? MP : La différence est que pour une caisse populaire la logique en vigueur est la solidarité. Alors que pour une banque, on parle surtout des actionnaires. En d’autres mots, une caisse populaire est la propriété de tous ses membres, tandis qu’une banque est la propriété de ses principaux actionnaires. Donc, on peut dire qu’automatiquement un membre s’affilie à une caisse populaire, il devient l’un des propriétaires, car il participe dans toutes les prises de décisions dans une certaine mesure. Lors de l’Assemblée générale dans une banque, ce sont les actionnaires qui se réunissent pour prendre des décisions pour l’ensemble des clients, lors d’une assemblée générale au sein d’une caisse populaire, ce sont les membres qui prennent les décisions pour la gestion et la bonne marche de leur caisse. BC : Nous savons que la Caisse Populaire Espoir n’est pas la seule à desservir la population du Sud-est. Donc, c’est quoi la différence entre la CPE et les autres caisses ? MP : Au niveau de leur fonctionnement, toutes les caisses populaires sont régies par les mêmes principes, les mêmes valeurs, donc il n’y a pas vraiment une différence entre la CPE et les autres caisses de la région. Toutefois, nous pouvons dire qu’en termes d’image et de capacité, la Caisse Populaire Espoir pèse très lourd dans la région. Dans un premier temps, nous pouvons dire que la CPE s’impose comme la caisse leader au niveau du département parce que plusieurs autres caisses de la région ont pris naissance à partir de la CPE. C’est le cas, par exemple, des Caisses populaires Ressource Confiance, COPEZ ect. Dans un second niveau, nous pouvons dire que la CPE représente l’une des plus grandes caisses du pays parce qu’elle a le plus grand effectif de membres et son capital s’élève actuellement à plus de 249 millions de gourdes. Donc, sur le plan financier nous sommes la plus imposante caisse populaire de la région, également nous faisons la différence au niveau de la qualité de nos services, notre capacité de gestion. BC : Est-ce que la CPE donne plusieurs types de crédits à ses membres ? MP : Evidemment, nous offrons plusieurs types de crédits. A la CPE, la politique de crédit permet plusieurs formes de prêt. Par exemple, nous avons le prêt hypothécaire qui est un type de prêt qu’on donne, et comme garantie nous sollicitons du membre son titre de propriété. Pour ce prêt, nous pouvons donner jusqu’à 2 millions cinq cent mille gourdes au demandeur pour une durée de 60 mois, tout en lui exigeant un intérêt de 2%. En fait, comme vient de l’expliquer le Vice-président tout à l’heure, la CPE vise ses membres, l’amélioration de leur condition de vie. Alors, ce qui nous motive à offrir le prêt hypothécaire c’est parce que nous réalisons qu’il y des membres qui souhaitent faire des prêts pour de grands investissements, pour la construction de leurs maisons alors qu’ils n’ont pas un revenu assez élevé pour le faire. Donc, nous leur offrons cette possibilité de faire un prêt d’un montant élevé, sur une longue période afin qu’ils soient en mesure de payer. Nous avons aussi un autre type de prêt dénommé prêt sur chèque. Il s’agit d’un prêt qui vise seulement les fonctionnaires publics, il peut atteindre le montant de 500.000 gourdes sur une durée de 30 mois. Nous avons également le prêt payroll, qui vise les employeurs du secteur privé. Aussi, nous avons le prêt commercial qui vise les petits et les grands commerçants. En résumé, nous pouvons dire que nous développons nos stratégies de services financiers en fonction du profil de nos membres, leurs besoins. Etant donné qu’il y a plusieurs catégories de personnes à desservir, donc nous offrons plusieurs types de prêt pour pouvoir les satisfaire. BC : Vous venez de nous parler du taux d’intérêt, est-ce que toutes les caisses populaires doivent se réunir ensemble pour fixer un taux d’intérêt ? MP : L’un des principes qui régissent le fonctionnement des caisses populaires c’est leur autonomie. Cela veut dire que leurs décisions peuvent être prises de manière indépendante. Comme je l’ai expliqué tout à l’heure, c’est l’Assemblée générale qui décident pour le fonctionnement de la caisse, et le Conseil d’Administration représente les membres au sein de l’Assemblée générale. Donc, c’est l’AG et les cadres de la caisse qui déterminent le taux d’intérêt pour les différents types de prêt. Cependant, ce taux doit être conforme à la politique monétaire de la BRH. Par exemple, le taux d’intérêt peut varier entre 2.5% jusqu’à 1.5% dégressif. Et, nous pouvons dire que l’on retrouve l’aspect dégressif principalement dans les caisses populaires. Ce qui est le plus intéressant avec l’aspect dégressif, c’est que l’intérêt diminue progressivement à la réduction du capital emprunté, ce qui est nette différent pour les autres institutions financières qui font des prêts avec des taux d’intérêt flat, c’est-à-dire le client paie un intérêt sur une somme qu’il n’a même pas. Voilà pourquoi nous favorisons cette forme d’intérêt au niveau des caisses populaires. BC : A combien s’élève le total de membres de la CPE ? MP : Pour le moment, la CPE est en train de desservir environ plus que quatorze milles membres éparpillés dans tout le département du Sud-Est. Il est vrai que nous avons une forte concentration de nos membres à Jacmel, mais nous offrons nos services dans toute la région du Sud-est et nous avons en perspective d’ouvrir prochainement d’autres succursales dans plusieurs autres communes du département. BC : Est-ce que vous savez dans quel secteur vous avez le plus de membres ? MP : Bon, nous savons que nous avons beaucoup de membres issus du secteur d’enseignement, des employés publics, des petits commerçants, des organisations à base communautaire, des agriculteurs. Car, nos membres sont divisés en deux catégories : les personnes physiques et des personnes morales. Mais, nous n’avons pas vraiment une idée du pourcentage pour tous les secteurs de fonctionnement de nos membres. BC : Par rapport à vos zones de couverture, est-ce que vous n’accordez pas vos services à des personnes qui vivent hors du département du Sud-est ? MP : En général, il n’y a pas vraiment un problème. Toutefois, en tant qu’une institution d’épargne et de crédits nous sommes bien obligés de délimiter nos zones d’action. Nous savons qu’on est accès à des services d’épargne n’importe où dans le pays, mais on ne peut pas avoir accès au service de crédit. Car, ce service exige un suivi plus rigoureux soit en termes de réunion ou formation pour les sociétaires, mais aussi pour le suivi du recouvrement du prêt. Toutefois, il y a certains employés du secteur privé, des policiers d’un autre département qui sont capables de bénéficier de nos services, il suffit seulement d’avoir une garantie prouvant qu’ils soient en mesure d’acquitter leur dû. BC : Vous avez mentionné formation tout à l’heure, est-ce que la CPE offre plusieurs autres types de service ? MP : Normalement, une caisse d’épargne et de crédit n’a pas comme principal objectif de faire des bénéfices. Car, n’oublions pas une caisse populaire est une forme de coopérative, c’est-à-dire une association à but non lucrative ce qui sous-entend que même si elle gagne des bénéfices, elle ne peut pas repartir ces bénéfices. Contrairement à une banque, les bénéfices gagnés sont repartis entre les différents actionnaires. La mission principale d’une caisse populaire c’est de favoriser l’épanouissement des sociétaires, mais d’un autre côté, elle doit aussi s’engager envers la communauté. Elle a aussi pour mission de contribuer au développement de la communauté. Donc, pour arriver à l’épanouissement des sociétaires, il faut tenir compte de l’aspect économique, mais tout aussi bien de l’aspect social. En plus du support économique qu’on attribue à nos membres, on leur donne des formations, on les informe le plus que possible pour contribuer à leur épanouissement, là on parle de la dimension sociale de notre support. Par exemple, nous avons redémarré une série de formation tous les week-ends pour nos membres. Nous les formons sur la coopérative, comment bien gérer une coopération, nous les informons sur leur droit au sein de la coopérative, leur responsabilité envers la communauté. C’est dans cette optique que le Vice-président a parlé tout à l’heure de notre désir à mettre sur pied une fondation visant des actions concrètes pour le développement de la communauté. BC : Selon vous, en tant que cadre de la CPE, pouvez-vous nous dire ce que représente la Caisse Populaire Espoir dans la communauté jacmélienne ? MP : Je veux commencer par dire que la Caisse populaire Espoir est avant toute chose un patrimoine. En effet, la CPE devrait être considéré comme un modèle de développement à suivre. Aujourd’hui plus d’un avancent souvent qu’il est impossible pour Haiti de se développer sans l’assistance internationale, c’est un constat que la CPE dément en quelque sorte dans son secteur d’évolution. La CPE existe depuis 38 ans, elle a été créée par un effectif de 21 personnes, avec un capital de 21 gourdes en raison d’une gourde par personne. Après 38 ans d’existence, la CPE compte actuellement 14 milles membres et les 21 gourdes sont transformées en 249 millions de gourdes et ce, sans l’appui financier de l’Etat haïtien ou une autre instance internationale. Actuellement, on est à même de dire que la CPE représente un grand acteur dans le secteur financier, et étant une caisse populaire, elle a toute son importance au sein de la communauté. Bien qu’il n’existe pas encore une enquête qui démontre en chiffre l’appui des caisses populaire dans l’épanouissement de la communauté sur le plan économique, mais l’ONU en a parlé certainement. Aussi, à attendre des milliers de nos membres affirmés que sans l’appui de la CPE, ils ne pourraient jamais construire leur maison, monter leur entreprise etc., on peut dire que nous représentons beaucoup dans la vie économique de la communauté de Jacmel. BC : Est-ce qu’il est difficile pour devenir membre de la CPE ? MP : Non, il n’est vraiment pas difficile pour devenir membre de la CPE. Tout d’abord, le membre doit manifester son intérêt à devenir membre. Ensuite, il doit donner ses pièces d’identification, donner une contribution pour sa part sociale au prix de 200 gourdes, et le frais de son dossier au prix de 75 gourdes. Suite à cette démarche, le membre a automatiquement droit au deux services que nous offrons, le service d’épargne et le service de crédit.


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