Réflexion d’un animateur culturel jacmélien sur le carnaval de sa ville Le carnaval à Jacmel, une liberté pour tous

Le carnaval de Jacmel est considéré comme l'une des manifestations culturelles les plus connues de la Caraïbe et a toujours été placé sous le double signe de la fête et de la satire sociale.

Le carnaval jacmélien  est sans doute la forme la plus connue du carnaval haïtien : d'abord parce que notre carnaval n'a pas le monopole mondial dans ce type de manifestations culturelles et surtout parce que cette forme de fête est populaire, très populaire même, et c'est là encore que manifestation se singularise.

Nul n'est besoin de faire partie d'un groupe constitué, rien n'est imposé ni dans la forme, ni dans le fond. La liberté de s'amuser, de se moquer de soi-même ou des autres  est totale. Le dimanche dès midi, le branle-bas, les mardis-gras prennent possession de leur territoire. Seul, en groupes, en bandes, avec ou sans musique, avec ou sans percussion, à pied, les mascarades se montrent, s'exhibent, miment …

Le public se prend au jeu, répond aux sollicitations des uns ou des autres. Les mardis-gras sont des personnages à multiples facettes.

 

Dépenaillés, travestis ou tirés à quatre épingles, les groupes de mardis-gras présentent autant de diversités que la population jacmélienne. La lutte entre le bien et le mal, la jungle sud-américaine ou africaine sont  très présents dans les déguisements

 

Attachés à la tradition, l'histoire dévoilée en pleine rue est très liée á la situation sociale ou politique du pays, ces groupes de mardis-gras des rues chantent, dansent , expriment bien haut ce que chacun pense tout bas.

 

Le mardi-gras des rues est l'image de chacun de nous. Il est nous. Tous les costumes, anciens ou modernes, appartiennent à la mémoire collective de chacun. A Jacmel, nul n'est carnavalier de métier. Car le carnaval des rues n'est pas un métier, il est l'expression de la pensée individuelle et collective. Tel, qui aujourd'hui regarde les mardis-gras dans la rue, sera lui-même dans la rue demain.

 

Si, pour défiler, on n'a besoin d'aucune permission, chaque mardi-gras respecte pour autant les règles non imposées mais pourtant acceptées.

Pas d'armes, pas de coup, pas de violence.

 

Si on défile librement, on défile aussi à tout âge. Petit ou grand, pas d'exclusion. Le carnaval des rues à Jacmel, c'est la liberté pour tous.

 

 

Emerson Vilbrun

vilbrunemerson@gmail.com

 



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