La mort va si bien aux guédés

Le guédé affiche le visage de la mort, un visage qui n’est jamais passé de mode. Une face pâle, blanchie par des couches de poudre craquelées par des rigoles de sueur. La mort semble aller bien avec ces esprits qui invitent le vivant à se rappeler qu’à chaque pas de sa vie, la grande faucheuse l’attend inéluctablement. Imprévisiblement.
Nos  guédés, en Haïti, que nous voyons dans les rues, les cimetières ou dans les hounforts, les 1e et 2 novembre,  ont une prédilection pour les couleurs sombre et violet.
 
S’ils s’affublent de costumes aux tons mélancoliques qui nous rapprochent du deuil, de l’abandon, ils font leur litière de cet instant pour nous associer aux trivialités de la vie. 
 
La couleur des expressions que débitent ces ''lwa vodou'' nous rapproche de la terre. Ils sont terre à terre. Oreilles chastes, dégagez ! La tempête de mots qui perturbent leur imaginaire s’accompagne d’une explosion d’obscénités.
 
Le guédé fait tourner le bâton symbolisant le pénis tout en imitant l’acte sexuel. Il appelle à la procréation, au renouvellement de la vie, une  vie  que Baron Samedi et Grann Brigitte convient à célébrer dans les libations, le cleren, le piment, la gouaille, la gouyad, les danses lubriques...
 
Ces esprits fêtent la vie. Étincelle dans l’océan de l’éternité.  Grand vide qui fait du bruit.  Fenêtre sur l’inconnu. Lieu géographique de la fin biologique de l’être vivant. Baron Samedi, Baron Simityè,  Baron Kriminel, Grann Brigitte connaissent bien le train qui conduit vers la grande certitude : tout homme doit mourir.
 
Si vous vous rapprochez des guédés, c’est que vous avez envie de vous amuser, de les entendre parler, chanter et danser. Papa Guédé,  Guédé Loray, Brave Guédé, Guédé Ti Malice, Guédé Plumage vous diront que la vie et la mort se donnent la main dès notre conception. « Nou soti nan yon twou, n ap tounen nan yon twou ». Fermez vos yeux. Imaginez.
Claude Bernard Sérant
 


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