« Kimika… », le mal aux bons soins du sacré

Elle te quitte, elle a pris toutes ses affaires et te fait dire qu’elle t’enverra le papier de divorce au début de la semaine prochaine. — Et ma fillette ? — Ce n’est pas ta fillette, mais celle de Jude. À propos, je suis enceinte de toi, chéri. C’est l’histoire d’une jeune fille brutalement violée par cinq hommes armés sous le regard de son amant Cédric et qui doit trouver d’autres options pour sustenter sa soif de prestige. Le regain d’espoir, elle a pu l’obtenir en s’accrochant à une mission. Kimika a pu gagner le cœur d’Amadeus et le mettre hors de danger.

 

Pierre-Paul Ancion, chef de file d’un mouvement littéraire auquel il a réuni plusieurs dizaines d’autres écrivains, le Sacraïsme, se définissant comme le culte du sacré,  est l’auteur du roman « Kimika et son huitième sacrement ». La folie intense qui crée est caractéristique de sa fougue. La folie qui surprend à tout bout de champ et qui emballe.

Dans ce roman, paru aux éditions Pulùcia, il y a le côté folklorique qui rend le lecteur soumis, et le lieu qui le tient en haleine, sans oublier une poésie en toile de fond qui rend l’auteur différent de beaucoup d’autres de sa génération. Une poésie sur le sacré.

À la fois actuel et factuel, le roman propose des croisements de pensée à même d’attiser la flamme du lecteur. Dans ce roman de 100 pages, la ville de Jacmel est comme toujours ce lieu à découvrir. C’est aussi une ville aux charmes rares. Un bastion de pratiques inédit qui ne manque de surprendre. 

« Kimika et son huitième sacrement » est truffé d’intrigues et de variantes. L’amour fou d’une tante en chaleur pour sa nièce. Une histoire en plusieurs segments, les uns plus envoûtants que les autres. Ici, A Lafond, section communale de Jacmel, les Mombins et les Sabliers ont une réputation mystique. La rivière aussi. Aux Orangers, la nature est clémente, mais…  Ce qui épate dans ce roman, c’est que le Sacraïsme est plus qu’un mouvement littéraire, c’est aussi une confrérie.

« Il est six heures du soir environ, quand Kimika se réveille d’un long et profond sommeil. L’odeur de la salle lui rappelle les péripéties de la journée, et ses penchants vers le lesbianisme, elle qui autrefois, critiquait son amie Anacaona. »

En lisant ce texte, on est à même de comprendre que la plupart de nos écrivains, comme par un élan naturel de liberté, assignent à une « épineuse » mission : celle d’annihiler les tabous. On se souvient de Double corps de Martine Fidèle paru en mai 2015 qui donne libre cours à l’homosexualité comme étant sans nul doute, un élément à reconsidérer avec beaucoup plus d’intelligence dans les débats sur le genre.

C’est un roman à lire d’un trait, sinon le lecteur risque de ne plus cerner le propos du narrateur en parlant de la mission confiée à une jeune fille par une société secrète. Une belle peinture d’une ville qui s’éveille, qui s’émancipe à la faveur d’une plume qui fait la mixture entre les dits, les non-dits, les sous-entendus et les présupposés. 

Le Sacraïsme, un monde à découvrir. Un mouvement qui tire d’autres portraits d’une société qu’on ne regarde certainement qu’à la surface.

Lord Edwin Byron



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