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2e Festival panafricain L’Afrique culturelle s’est invitée à Alger

Le 24/07/2009 à 10h48. | Par Azzeddine Bensouiah

(Syfia Algérie) Le rideau est tombé ce lundi 20 juillet sur le second Festival panafricain d’Alger. Le plus important événement du genre que le continent ait connu a réuni tous les arts et bien des grands noms. Tout pour affirmer l’unité, mais à un prix élevé.

"Réunir autant d'artistes en un seul lieu constitue une étape décisive pour la réunion des peuples d'Afrique", s’exclame Daniel Lopy, membre de la troupe théâtrale nationale sénégalaise. Quarante ans après avoir participé au premier Festival panafricain (Panaf) à Alger, ce comédien se retrouve au même endroit, en ce début juillet, pour la deuxième édition. Enthousiaste, il affirme que les artistes sont "les avocats des peuples et leurs dignes ambassadeurs" et souligne, non sans lyrisme, que "c'est par le biais de l'Art qu'on peut briser les frontières". "L'Afrique n'est pas seulement un continent de conflits et de maladies, c'est aussi un continent d'art et de créativité", estime cet artiste pour qui ce Panaf 2009 est celui de "la découverte de nouveaux talents".
Nouveaux talents, peut-être, mais ce sont d’abord les grands noms très connus que l’on retient, surtout parmi les musiciens : Manu Dibango, lui aussi déjà présent à Alger en 1969, où il avait donné naissance à Night In Zeralda, alchimie réussie entre rythme maghrébin et d’Afrique centrale, Salif Keita, les Antillais de Kassav’, Youssou N’dour, Khaled, Cesaria Evora… Des poids lourds… Le public local s’est régalé de ces concerts plus que des autres formes d’art présentes.
Même les ossements de Lucy, ancêtre de l’Humanité, ont été convoqués pour donner du poids au Festival. Huit mille participants sont venus de 44 pays d’Afrique, des Caraïbes, d’Amérique latine et des États-Unis.

55 millions d’euros
Le Panaf est donc revenu à Alger, quarante ans après sa première édition. Après toutes les crises qui ont meurtri l'Afrique au cours de ces dernières décennies, l'Union africaine (UA) a décidé de dire au monde que le continent est vivant, présent et prêt à relever les défis d'un monde incertain et de plus en plus complexe. Les préparatifs ont commencé en 2006, au lendemain du sommet de l’UA à Khartoum (Soudan). La décision finale officielle confiant l’événement à l’Algérie, dont le président est un pilier de l’UA, date d’octobre 2008.
Le Panaf n’a pu se tenir plus tôt en raison des difficultés financières et des conflits auxquels le continent n’a cessé de faire face. Mais depuis le lancement du Nepad et la nouvelle dynamique qui en a résulté au début du 21e siècle, la dimension culturelle a repris tous ses droits. Le gouvernement algérien n’a pas lésiné sur les moyens. Il a débloqué une enveloppe de 55 millions d’euros, dont une bonne partie pour la réalisation du village des artistes à Zeralda, d’une capacité d’hébergement de 2 500 personnes. Une somme destinée à conforter le rôle politique de l’Algérie à la tête du combat panafricain, mais qui a fait grincer quelques dents dans le pays.
La capitale algérienne décrite, jusqu'à des temps récents, comme la "Mecque des révolutionnaires", s’est lancée ainsi un nouveau défi. "En 1969, Alger avait célébré la fin de la nuit coloniale. En 2009, elle célébrera la renaissance de la culture du continent", a affirmé Khalida Toumi, ministre algérienne de la Culture. Les organisateurs ont mis le paquet : plus de 500 spectacles de musique et de danse avec plus de 2 300 chanteurs et musiciens et plus de 2 800 danseurs répartis sur une trentaine de scènes à Alger et dans les autres villes du pays. Quarante et une pièces de théâtre mobilisant plus de 450 participants, neuf expositions qui ont accueilli plus de 230 artistes et cinq grandes expositions inédites du patrimoine culturel matériel et immatériel. Ce fut aussi une grande fête du cinéma avec la participation de plus de 230 cinéastes. Huit grands colloques et conférences ont été programmés du 3 au 19 juillet autour de thèmes qui interpellent l’intelligentsia africaine.

Engouement du public
Mode, littérature et bande dessinée ont également été célébrées, avec des hommages spéciaux à Frantz Fanon et Aimé Césaire. Plus de 250 planches de bande dessinée sur des thèmes socioculturels propres à l'Afrique et à son histoire ont été exposées. "C'est la première fois que je sors de mon pays et je suis heureux de voir un public aussi connaisseur qui admire et apprécie mon travail", confiait Malang Sene Alias Kabs, un talentueux jeune bédéiste venu de Guinée.
Les différences culturelles entre l’Afrique du Nord et la partie subsaharienne du continent n’ont manifestement pas joué. En témoigne, par exemple, l’engouement du public local pour l’artisanat d’Afrique noire. Manu Dibango a dit résumer le sentiment de tous les artistes présents à Alger, en espérant que le continent n’attende pas encore 40 ans pour organiser de tels événements, qui doivent permettre des partenariats en tous genres et des coproductions. Mais au cours d’un colloque, les cinéastes, producteurs et professionnels du 7e art ont exprimé leur "anxiété" et leurs "angoisses" quant à l’avenir du cinéma africain, soutenant que "les films d’Afrique existent, mais que la volonté politique de pérenniser et de soutenir le cinéma en Afrique continue de faire défaut". Ils espèrent "voir des aides sérieuses émerger, ainsi qu’une vraie politique culturelle se définir dans les pays d’Afrique ou dans l’Union africaine". Car aucun gros événement ne remplace une politique durable…

Source:Syfia International

Tags:Festival panafricain, L’Afrique culturelle, Alger