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Parc la visite, Parc Macaya, foret des Pins, des zones de non droit ?

Le 12/10/2008 à 09h43. | Par Agr Michel William

On appelle zone de non droit dans un pays des zones sur lesquelles l’Etat n’exerce aucun contrôle, des zones qui ne bénéficient d’aucun service de l’Etat, des zones livrées à la satrapie de groupuscules économiques ou politiques qui imposent leurs lois. Cite soleil était un exemple de zone de non droit. Ces zones sont le plus souvent le siège d’un business économique important et l’argent de ce business provient de la drogue, des assassinats politiques, du kidnapping, du vol des entreprises de la zone commerciale ou de dilapidations des ressources naturelles. Le Parc La Visite, la Forêt des pins et le Parc Macaya font 40.000 has, 32.000 pour les deux premiers et 8.000 pour le troisième.

Ce sont des terres de l’Etat dont une partie significative a été affermée par la DGI centrale et par la DGI locale, prise séparément. Les terres affermées de l’Etat sont agrandies d’années en années par les fermiers qui eux-mêmes ont des sous locataires. Ces locataires conçoivent des truques, les unes plus destructrices que les autres pour annexer annuellement de nouvelles portions de terre aussitôt que les anciennes auront perdu leur valeur : Ecorçage des conifères, brulage des terres, nouveaux jardins à vivres, incendies cycliques, manifestations de groupes, barricades pour couper les voies de communication, dechoukage des petits représentants de l’Etat.


Une bonne partie de ces terrains est travaillée par les résidents des villes avoisinantes à l’approche de la saison des pluies. Les malheureux qui habitent ces zones réservées sont manipulés par les autorités locales politiques et policières et par les hommes d’affaire de Port-au-Prince, de Jacmel, de Thiotte, de Belle Anse, d’Anse à Pitres et des Cayes avec lesquels ils développent des relations symbiotiques visant toutes la dilapidation des ressources naturelles.

Du point de vue des autochtones la richesse de ces zones réside : -Dans la bonne pluviométrie 3000 à 4.000 mms constitue un rempart contre la sécheresse. -Dans la fertilité élevée et fragile d’une mince couche de terre arable qui leur permet de faire de bonnes récoltes de haricot, de petit pois, de patate, de chou, de pomme de terre sur une période de deux à trois ans au maximum. -Dans l’existence d’un peuplement de conifères qui permet un commerce lucratif de bois, de planches, de la chaux et du charbon.Dans l’absence de l’autorité de l’Etat qui les facilite la prédation des ressources naturelles.

Quant à l’Union internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) et du gouvernement haïtien, chacune de ces aires dites protégées est divisée en deux parties, une zone centrale caractérisée par une réserve forestière stratégique d’accès interdit et une zone tampon dont l’exploitation est permise à la population dans des conditions conversationnistes strictes. Je ne voudrais pas reprendre ici toutes les raisons données par l’état et par l’UICN pour conserver la biodiversité, de ces zones, ni celles qu’ils font miroiter aux yeux des paysans comme opportunités d’avoir une vie meilleure.


Pourtant, vivant de façon permanente dans une aire privée de services de l’état, ayant à la mémoire les périodes d’exploitation royale de ces pins par la SHADA 1940, les périodes de concessions des pins de la Forêt données par l’état haïtien aux grands manitous de Port-au-Prince jusqu’en 1975, les exploitations anarchiques par les autorités locales des communes avoisinantes à partir de 1986, les paysans de Parc la Visite, de Forêt des Pins et de Parc Macaya dans le sud, en proie à un chômage chronique et à une misère amère ont bâti eux aussi leur conception de ces aires protégées. Ces aires protégées sont pour eux « l’El Dorado « que veulent leur enlever tous les étrangers qui débarquent dans ces zones. Les habitants de ces trois aires protégées ont développé un sentiment de méfiance vis-à-vis des employés du MARNDR, du MDE et aujourd’hui vis-à-vis des ONGs qui veulent les enlever leurs droits et leurs raisons de vivre.


Des interminables réunions ont eu lieu dans le temps avec les autochtones pour les aider à changer de comportement vis à vis des ressources de ces zones protégées. Elles ont fini toutes en queue de poisson parce que d’une part les alternatives offertes n’arrivent pas à compenser les revenus annuels qu’ils tirent une seule fois de la prébende, de l’autre, le caractère temporaire et rocambolesque des alternatives de développement offertes à eux n’a jamais été inscrit dans un momentum de services publiques et privés durables les permettant d’exploiter économiquement et durablement les ressources naturelles au bénéfice de leurs familles.


Pour vous donner une idée du caractère lucratif de l’exploitation de pins, le service des forêts du MARNDR a calculé que dans une forêt normale, à côté des revenus que procure la vente des produits forestiers non ligneux (PFNL), on peut vendre 100 m3 de bois à l’ha et 10 m3’ha dans l’état clairsemé actuel des peuplements sans nuire à la santé de la Forêt. Un m3 de bois donne soixante feuilles de planche de 12 pouces de largeur. Une feuille de planche de cette dimension est vendue 100 gourdes sur place et 250 gdes à Port-au-Prince. Un m3 ou 60 feuilles de planche rapporte 6.000 gdes dans le parc même. Un camion est capable de transporter 10 m3 ou 600 feuilles de planches. Sur un ha, le revenu est multiplié par 10 ou 60.000 gdes, dans un intervalle d’un mois. Si aujourd’hui, il reste a peu près 10.000 has de pins dans les deux unités de la forêt des pins et dans le parc la visite cela veut dire que chaque année, il y a une possibilité d’aubaine obscure de 600 millions de gourdes à faire, rien que dans la coupe des pins. L’argent tiré de la vente illégale des pins s‘apparente à l’argent de la drogue. Dans ces régions, plus l’état est faible plus on peut faire de l’argent sale.


Il s’en suit qu’au niveau des autochtones, des autorités des collectivités territoriales et même au niveau des pouvoirs déconcentrés de la zone, il n’existe aucune volonté politique d’en finir avec cet état de chose, d’autant qu’au niveau du pouvoir central le budget n’a jamais été étudié pour administrer une zone autant porteuse de richesses. D’un coté, les chefs des communes avoisinantes ne veulent pas des services de l’état qui viendraient les priver de cet argent facile, de l’autre le pouvoir de Port-au-Prince qui croit que le nerf du pouvoir politique est à Port-au-Prince, préfère investir le peu de ressources dont il dispose dans des combines politiques qui ne font que reculer les conséquences du maintien de ces zones dans un Etat de non droit. Le drame de Mapou et de Fond Verettes à chaque cyclone hante les esprits de tous les haïtiens et crée une sorte de psychose qui rend malade les habitants de la zone basse. Les ressources naturelles de Parc Macaya, de Parc La Visite et de Foret de Pins qui devraient être les richesses à développer pour développer les paysans en ont fait des zones de non droit qui réconfortent les uns et les autres.


Comme l’internationale a toujours dit que ces aires protégées revêtent une importance considérable pour la survie de plus du tiers de la population haïtienne, et que c’est encore elle qui a toujours investi son argent à travers des projets d’ONG et d’assistance technique, elle en vient à financer les projets dans ces zones quand elle veut, avec qui elle veut, comment elle veut et les abandonnent quand elle veut. En témoignent les projets suivants qui ont été réalisés sans laisser de trace dans les aires protégées : Reserve de la Biosphère de Macaya (UF) 1987-1992, Projet PIC Macaya( PPM) UNICORPS et BSP biodiversity Support project 1994, projet Forestier national PFN (BM),ATPPF 1998-2002 , ONG GTZ, Fondation Seguin 2006 (plus de 100 millions de dollars US).


Chaque intervention de l’Internationale dans ces aires protégées s’apparente à une occasion de se donner un coup de fouet médiatique. Si vous lecteurs qui lisez cet article, vous avez été à la place de ces paysans de La Visite, de Forêt des Pins et de Parc Macaya, pourriez vous nous dire comment vous auriez réagi aux discours de l’état, à celui des étrangers et des ONGs qui ne font que créer des attentes qui finissent toujours en frustration depuis plus de vingt ans?. Gardez la réponse pour vous.

Source:Haiti Impact.com

Tags:Parc la Visite, Foret des Pins Jacmel Actualités Jacmel