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Actualité

Jacmel, Ka Maya: marché aux bétails, ou lieu de culte des sociétés secrètes.

Par Ancion Pierre Paul
Publié le Vendredi 30 Mai 2008 à 17h00

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  • Comments (2)

‘’ Lè swa pye Rangoul sa wap gade la-a pa mens non ! Se pa de wa bizango, Sanpwèl, ki vin n salyel …’’ a relaté un paysan de Marbial rencontré par Bonzouti.com ce samedi 24 Mai.

Vieux de plus d’un siècle, Ka Maya est un marché aux bétails, célèbre, reconnu, et respecté par tous les citoyens de tout le sud-est d’Haïti, il porte le nom de cette localité constituée d’une mosaïque d’habitations dans le temps fertiles au petit mil, maintenant envahies par des constructions arnachiques en béton.

Fonctionné, effectif tous les samedis au matin, ce marché reçoit les agriculteurs des départements de l’Ouest, du Sud, des Nippes, et surtout du Sud-est qui viennent soit acheter, soit vendre leurs bétails, à savoir cabris, moutons, bœufs, vaches, ânes, mulets, chevaux, etc., soit rencontrer une vieille connaissance.

Comme le marché en fer, Ka Maya est l’un des grands centres économiques de Jacmel, certains économistes estiment à plusieurs dizaines de millions de gourdes la somme qui y circule tous les samedis. Il est aussi l’un des espaces privilégiés de loisir de cette zone, à cause de sa gaguère chaque dimanche, ses jeux de dominos, de ‘’twa sèt, de bezig’’ des jeux de société très prisés par la paysannerie haïtienne.

Confortablement installé à quelques kilomètres du centre ville de Jacmel, ce lieu cependant est un échantillon de l’Haïti profond et authentique d’autrefois, un peu de ce pays qu’ont connu Magloire Ambroise, général de l’armée indigène, Charlemagne Péralte, Luce Turnier et autres.

Ka Maya est l’unique zone du sud-est qu’aucun trouble socio politique n’a jusqu’à date arrivé à troubler. Durant la chute des Duvalier, en février 1986, le départ d’Aristide Jean Bertrand en février 2004, les agriculteurs ont respecté ce rendez vous hebdomadaire avec un naturel qui traduit l’indifférence des paysans haïtiens face à ces remous, ces tourbillonnements sociopolitiques. Cependant le passage du cyclone Gordon en 1994 sur le sud-est d’Haïti, a handicapé Ka Maya dans son évolution, son fonctionnement.

Cet endroit contribue encore au brassage culturel des citoyens de Marbial, de Marigot, de Fond Jean Noël, de Démontrueil et autres. C’est là qu’un artisan de La Vallée excellent dans la construction de ‘’Sak pay, de Chapo’’ pour les bourriques et paysans peut partager son art avec son confrère des Orangers.

Ce marché par son poids dans la balance économique du sud-est et son importance dans la société de ce département nécessite un poste de police stable, et efficace pour non seulement acommpagné les paysans de cet endroit ensuite sécurisé les habitants des habitations environnantes telles que, Watapanna, Trou bourik, Ka douje, Bodwen’’
Les infrastructures de base aussi sont à redéfinir, la route reliant le centre ville à Ka Maya en passant par ‘’Trou Bourrique’’ exige une restauration sérieuse actuellement.

Ka Maya et ses mythes…
Zone touristiquement, et culturellement importante, Ka Maya est l’un des foyers où les traditions haïtiennes sont encore présentes. Les ‘’bonjou tantin, kouman ou ye manman, e lekò ?’’ sont encore d’usage. Les habitués de ce marché consomment plus de cigares faits de feuilles de tabacs achetées sur place que de cigarettes commercialisées sur le marché haïtien ils boivent du ‘’gròg’’ en guise de rhum, ou de bière. Ils se coiffent de chapeaux en feuilles de Latanier ou de pitre à la place des casquettes ‘’made in USA’’.

Ce marché est aussi enveloppé de mythes, de mystères qui musclent davantage son importance dans le quotidien haïtien.

L’arbre géant, qui protège de son ombre les acheteurs et vendeurs de Ka Maya, un rangoule selon les connaisseurs, est un reposoir mystique, et à en croire les histoires qui y circulent tous les soirs au moins une bande de ‘’Sanpwèl’’ vient visiter le génie, l’esprit habitant cet arbre.

‘’Se bwason etranje li bwè…gwo bwason’’ a affirmé avec sérieux un interrogé
‘’Se de esprit wi yon fanm yon gason ki nan pye rangoul saa….’’ Ont Relaté certains autres.

Sous contrôle de la mairie de Jacmel, ce marché est victime d’une vraie indifférence de certaines autorités de l’administration publique. Les structures qui y règnent sont comme elles ont été, il y a un siècle. Ce qui fait heureusement son charme singulier, et lui vaut son apparition sur les cartes postales d’Haïti, venues de l’Europe.

Dans ses travaux honorés par les jacméliens qu’effectue actuellement, l’Association touristique du sud-est d’Haïti (ATSEH) pour sauver le patrimoine jacmélien en péril, travaux centrés surtout sur le patrimoine architectural, l’ATSEH devrait considérer, le Marché aux bétails Ka Maya : lieu où le traditionnel haïtien dans sa diversité, ses nuances, et sa richesse, est encore vivant.

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Nombre de commantaires (2)

Abigaela dit: 31/05/2008-01:58

aaaaaaaaaaaaaa bravo Ancion, vous avez fait un grand travail là, vous realisez une grosse oeuvre et je crois que tout le monde va etre satisfait de ce degagement de connaissances et d'appreciations dont vous faites de notre fiere et vaillante cité. Mon cher vous commencez a vous montrer très professionnel et je sais que c'est pas facile d'avoir un tel reportage en tete et le realiser sur un sujet que tout le monde voit et qui n'attire vraiment pas l'attention. Ka Maya tt le monde en parle que les samedi s'ils ont besoin d'une tete de betail après les chiens aboient... Vous pouvez pas imaginer le plaisir que je prends à lire les phrases meme 2 fois tout en pensant à l'enorme effort intellectuel et professionnel que ça merite pr etablir un tel papier. Bravo encore et bonne continuation, tenez sur la meme lancée. On a bcp de problemes comme ttes parts ailleurs mais cessez jamais d'envoyer des signaux positifs de notre departement.Merci encore pr cette decouverte connue dejà de tous mais l'histoire et l'importance etaient encore pas connues de tous. Vous allez etre content des commentaires, bien que je pense pas non plus que vous l'avez realisé que pour le plaisir d'avoir de bons commentaires mais c'est bien et meme très bien, ce papier.

erndelma1 dit: 31/05/2008-14:29

« Pale mwa de sa Ancion.» Vous avez touché une artère sensible au quotidien et à l’hebdomadaire Jacmélien dans ce fameux débat sur Ka Maya. Cela nécessite une attention spéciale et devrait être l’une de nos priorités dans cette croisade pour la survie de Jacmel. Pour plus d’un, c’est plus qu’un endroit pour le débrouillé économique de Jacmel et de ses contours, il est l’un des endroits qui forment autour de Jacmel une chaîne de solidarité culturelle et une tangence à grande portée économique pour Jacmel. Par-dessus tout, et comme tu l’as si bien souligné, il y a tout un rituel folklorique et mystique qui y a pris racines, des racines persistantes – profondes et nombreuses peut-être - qui ne disparaîtront jamais aussi longtemps qu’il y aura Jacmel et Jacméliens. Tout pèlerin infatigable de Jacmel et de ses banlieues devrait se faire le devoir de faire un coup de pied durant son prochain périple à Jacmel. Franchement, cet article ne fait que raviver de ces souvenirs qui refusent de mourir. Chapeau bas. Je souhaite seulement que les autorités et le reste de la famille Jacmélienne abondent dans vos vues et voient Ka Maya à travers un prisme aussi grandiose que le vôtre. Il y a de ces écrits qui remuent des réminiscences sagaces tout en agitant des débats actuels. Cet article de vous en est bien une.
Ernst Delma

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