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Auditer l’Etat

Le 09/02/2007 à 06h44. | Par Ernst Junior Cadet

L’un des problèmes auxquels fait face l’éternelle transition démocratique d’Haïti réside dans le fait que dès le départ aucun processus sérieux n’a été mis en place pour relancer l’Etat. Au début, tout n’a été que manifestations politiques émotionnelles laissant libre cours aux manipulations de la part d’acteurs externes. On assistait impuissant à l’ouverture de notre marché dans le cadre de l’application du Programme d’Ajustement Structurel. Un second Plan viendra dix ans plus tard et les résultats n’étaient pas plus satisfaisants que ceux du PAS.

Cependant, il faut croire que le marasme dans lequel nous nous trouvons, nous en apportera d’autres, peut-être sous d’autres formes comme nous le laisse croire le Cadre de Coopération Intérimaire(CCI). Ils seront normalement accompagnés d’un certain nombre de projets dont l’Etat haïtien sera le principal récipiendaire. Le Parlement haïtien a récemment axé sa tournée nationale autour d’une possible refondation de l’Etat . C’est à croire en effet que c’est une nécessité qui s’affirme au niveau des représentants du peuple. Ne serait-il pas assez intelligent et urgent que l’Etat et particulièrement les organes responsables de gérer les finances publiques soient audités ?

Nous jugeons une telle démarche nécessaire en raison de plusieurs aspects que nous présenterons succintement dans les lignes qui suivent.



La force de cette démarche, n’en déplaise au prototype de politicien qui a généralement à sa charge le destin de l’Etat, réside surtout dans son pragmatisme. En effet, nous ne pensons pas qu’il existe une solution-miracle pour relancer la croissance d’un pays. D’ailleurs il est très difficile de concevoir une idéologie de croissance; il n’existe que des stratégies de croissance. Cette stratégie en l’occurrence, tiendra compte de tous les services fournis par l’Etat pour en décider ceux qui doivent être retenus ou relancés de ceux qui doivent être réorganisés.



L’intérêt de cet audit public- si besoin est de le définir- consiste à donner à l’Etat des bases beaucoup plus concrètes qui nous donneraient au moins l’impression que les services publics ont un sens véritable qui n’échappera pas ni aux administrés, ni à l’Etat. En d’autres mots, l’engagement des citoyens sera beaucoup plus manifeste parce que justement ils seront informés des détails de l’administration. Obligation est faite aux entreprises privées et publiques de publier leurs états financiers, mais seules quelques administrations publiques, généralement quelques rares organismes autonomes agissent de la sorte.



Il va sans dire que les coûts d’une telle démarche s’annoncent déjà assez lourds pour l’Administration, mais elle est loin d’être vaine compte tenu du caractère permanent qu’elle revêtira.



Quelle serait alors la place de la décentralisation dans une telle approche ? Il est tout d’abord question de responsabiliser réellement les collectivités. En effet, le gouvernement local, une fois imbu de sa situation financière, est à même de pouvoir agencer son plan de développement en fonction des ressources qu’il pourra générer. Nous n’entendons pas déresponsabiliser le pouvoir central, mais seulement lui permettre de se rendre effectivement compte des moyens qu’il détient et de l’amener à les déployer de manière plus efficace.



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cf. Nous tenons cette idée de Jacques Lesourne. Cet économiste l’a communiquée à travers un texte intitulé Auditer l’Etat pour mieux la réformer dans Des idées pour la croissance, (dir) Michel Didier, Economica /Rexecode, Paris, 2003.

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